Josef Nadj - Mnémosyne

Mnémosyne

Un projet photographique et performatif

Création 21 Septembre 2018, Biennale de Lyon – Musée des Beaux-Arts, Lyon (FR)

 

Conception et interprétation

Josef Nadj

 

Photographies

Josef Nadj

 

Collaboration artistique photographies

Dudás Szabolcs

 

Création lumières

Rémi Nicolas

 

Direction technique

Sylvain Blocquaux

 

Encadrement

Atelier Demi-Teinte

 

Production, Diffusion

Bureau PLATÔ

 

Production déléguée

Atelier 3+1

 

Coproduction

Biennale de la danse – Lyon, Centre Chorégraphique National – Orléans, La Filature – Mulhouse, Le Colombier – Bagnolet, CENTQUATRE-Paris, (en cours)

 

Avec le soutien

Ministère de la Culture – DGCA, La Villette -Paris, Résidence Sainte-Cécile-Orléans.
Josef Nadj est artiste en résidence au CENTQUATRE-Paris.

Un projet photographique et performatif

Création Septembre 2018, Biennale de Lyon – Musée des Beaux-Arts, Lyon (FR)

 

Mnémosyne pour dire la mémoire d’un monde : celui du chorégraphe et plasticien Josef Nadj. Trente ans après la création de sa première pièce, il nous offre une œuvre globale, associant projet photographique et performance scénique. Tout au long de son parcours, l’artiste formé aux Beaux-Arts de Budapest n’a jamais cessé de photographier. En se réappropriant cette pratique menée en parallèle, Josef Nadj puise dans sa propre mémoire pour élargir, une nouvelle fois, son horizon créatif. Virage artistique ou retour aux sources ? Pour Mnémosyne, il a conçu une vaste exposition photographique, un véritable écrin constellé d’images au sein duquel il se met en scène – entre jeu, danse et performance – au plus près de son public.

Soit un petit espace clos et sombre, une camera oscura en attente. Le visiteur y devient spectateur voire regardeur. Dans l’intimité de ce cabinet où s’animent quelques curiosités, Josef Nadj livre une brève performance d’une rare densité : chaque mouvement, chaque action, chaque instant résonne avec son parcours, personnel et artistique, transfiguré dans une épure empruntée à Beckett. Telle la photographie, Mnémosyne procède de la révélation et de la trace jusqu’au don final, à la fois précieux et généreux, unique et démultiplié. Ce présent couronne de mystère une évocation tragi-comique de la vie, de la mort et du mouvement. Et l’on songe alors que, dans le titre « Mnémosyne », on entend le mot « Ménines »… A l’instar du chef-d’œuvre de Vélasquez, Mnémosyne contient une multiplicité de regards qui ne cessent de se nourrir.

Autour de ce dispositif activé le temps de la performance, Josef Nadj a conçu une exposition photographique foisonnante. Chacun des clichés accrochés aux abords de la boîte raconte une histoire, à appréhender comme un spectacle suspendu. Chaque image recèle une mémoire en soi, connue de l’artiste seul : s’y côtoient des objets trouvés retenus pour leur puissance suggestive, des références patrimoniales qui ne cessent de l’inspirer et toutes sortes de souvenirs. Ces clichés suggèrent, parallèlement à la brièveté de la performance, un rapport au temps qui s’étire sur plusieurs années, de la recherche des formes à la composition des images, du choix de la technique à la prise de vue effective.

Hommage personnel et transversal à l’Atlas demeuré inachevé de l’historien d’art allemand Aby Warburg, Mnémosyne s’apparente à une œuvre d’art totale, à la fois installation, performance et exposition, dont il reste pour chacun une image, ultime, qui interroge à la fois notre regard et notre mémoire : qu’avons-nous vu ?

 

Marylène Malbert, entretien avec Josef Nadj en octobre 2017

Le dispositif

Le dispositif de Mnémosyne nécessite un espace particulier dans lequel se trouvent imbriqués :

 

- un lieu de circulation et d’exposition, où sont réunies des œuvres photographiques de Josef Nadj - trois séries.

Le nombre de photographies exposées variera en fonction des dimensions de l’espace.

 

- un lieu de représentation où se déroulera la performance.

Noyau de ce dispositif, l’espace scénique se présente comme une installation visuelle, une boîte noire, qui évoque à la fois la scène, selon l’expression consacrée, et la chambre noire (ou la camera oscura, ancêtre de la photo).

 

Hors de la performance, cette boîte forme avec l’espace d’exposition une installation plastique à part entière, dans laquelle le public pourra circuler librement.

21- 27 Septembre 2018, Biennale de Lyon – Musée des Beaux-Arts, Lyon (FR)

 

Tournée en cours de construction.


Josef Nadj - Dark Union

Dark Union

Création 10 avril 2018 au Španski Borci Cultural Centre, Ljubljana Slovénie

Disponible en tournée saison 2018/2019

 

Chorégraphie

Josef Nadj

 

Danseurs

EnKnapGroup – Luke Thomas Dunne (Royaume-Uni), Ana Štefanec Knez (Slovénie), Jeffrey Schoenaers (Belgique), Lada Petrovski Ternovšek (Croatie), Matea Bilosnić (Croatie), Gilles Noël (Belgique)

 

Musique

Csik Zenekar, Josef Nadj

 

Lumières

Jaka Šimenc et Hotimir  Knific

 

Costumes

Katarina Škaper réalisés par Atelje d.o.o.

 

Photos

Andrej Lamut

 

Production exécutive

Karmen Keržar

 

Régisseur général

Jaka  Šimenc

 

Construction

Španski Borci/EN-KNAP

 

Equipe technique

Leon Curk, Luka  Curk, Gal Škrjanec Skaberne, Omar Ismail, Hotimir Knific, Aleksander Plut, Špela Škulj

 

Directrice du Španski Borci Cultural  Centre et des programmes EN-KNAP Productions

Marjeta Lavrič

 

Directeur EN-KNAP Productions, Directeur artistique Spanski Borci Cultural Centre

Iztok Kovač

 

Production

EN-KNAP Productions

 

Co-production

Atelier 3+1

 

Diffusion

Bureau Platô

Création mai 2018 au Španski Borci Cultural Centre, Ljubljana ,Slovénie

Disponible en tournée

 

Suite à sa rencontre avec les danseurs du EnKnapGroup et à la transmission d’une partie du spectacle Canard Pékinois dans le cadre d’un double programme présenté à Ljubljana en juin 2017, Josef Nadj  décide en accord avec Iztok Kovač, le directeur artistique du EnKnapGroup, de revisiter l’intégralité de sa pièce fondatrice créée en 1987.

Dark Union, dont la création est prévue en mai 2018, nous replonge dans les origines de son univers artistique. En revisitant sa première pièce, Josef Nadj développe parallèlement un nouveau cycle artistique.   Il réinvente son œuvre en s’inspirant de son parcours, en la transmettant à de jeunes interprètes et en se positionnant pour la première fois hors du plateau.

Pour cette future création, il envisage d’isoler plusieurs motifs de l’œuvre originale à partir desquels il va travailler et imaginer une multitude de variations chorégraphiques.

Au cœur de Dark Union se raconte l’histoire funeste d’un jeune mariage qui ne pourra vivre que quelques brefs moments de bonheur avant que l’impermanence de la vie ne le rattrape. Avec cette chorégraphie, Josef Nadj évoque toute la mélancolie de cette union malheureuse, devenue presque légendaire dans sa  ville natale et dans laquelle deux relations sous-jacentes se rencontrent et se dansent : celle d’un homme et d’une femme, et celle de la vie et de la mort.

Création mai 2018 au Španski Borci Cultural Centre, Ljubljana (SI)

 

Disponible en tournée saison 2018/2019


Josef Nadj - Penzum

Penzum

Conception & interprétation

Josef Nadj, Joëlle Léandre

 

Lumières

Sylvain Blocquaux

 

Décor

Julien Fleureau

 

Costumes

Aleksandra Pešić

 

Masques

Jacqueline Bosson

 

Durée

45 minutes

 

Production

Centre chorégraphique national d’Orléans,

Atelier 3+1

 

Création

Le 4 juillet 2017 à Saint-Petersbourg dans le cadre du Festival OpenLook 2017

Penzum : à savoir la somme de travail effectué en une journée, et dont on doit rendre compte. Ce terme apparaît dans un poème non traduit d’Attila József (1905-1937), poète hongrois majeur qui a influencé des générations d’auteurs et d’artistes. Parmi eux, Joëlle Léandre et Josef Nadj. Liés par une fidélité artistique mutuelle, ils ont conçu ce duo pour rendre hommage au poète, neuf ans après leur collaboration sur Sho-bo-gen-zo.

 

Associant chorégraphie, musique et dessin, Penzum procède d’une improvisation. Une œuvre « ouverte », précisent-ils, dont la forme, chaque fois nouvelle, s’écrit sur place au fil d’une écoute réciproque absolue. Penzum peut ainsi être entendu, par extension, comme la performance même : elle témoigne du travail qui permet de transmettre au public l’intensité de l’œuvre d’Attila József. Sa poésie ne cesse d’infuser dans le cœur et l’esprit des deux interprètes. Elle les guide, elle les inspire. Elle leur donne une énergie vitale, elle annonce aussi le destin tragique du poète qui attendra la mort sur des rails. N’entend-on pas s’élever le roulement d’un train ? Ne voit-on pas apparaître une voix ferrée ?

 

A l’image du masque qu’elle arbore sur le visage, Joëlle Léandre produit une matière sonore aux accents métalliques. A ses côtés, Josef Nadj porte un masque africain aux traits féminins et appréhende l’espace en déployant une robe noire. Mais la métamorphose ne se satisfait pas de l’évidence : elle se cache plutôt dans les dessins tracés au charbon comme autant de symboles en puissance. Elle s’incarne aussi dans l’éruption sonore qui s’empare de Josef Nadj, clamant avec force, dans sa langue natale, les mots du poète. Elle se révèle sans doute, enfin, dans une ultime séquence apaisée, si ce n’est rêvée.

 

Marylène Malbert

Penzum de Attila József, traduction brute par Josef Nadj

« Ça c’est comme le travail, Penzum.

Ça ne s’arrêtera jamais. Un travail infini, un mouvement infini. Jamais on ne le terminera.

Il n’y a pas de vérité, il n’y a pas de vérité. Même ça, ce n’est pas ça.

Travailler, tout le temps travailler. Moi je ne travaille pas, le chien ne travaille pas non plus. Les ouvriers travaillent. Qu’ils crèvent. C’est comme ça pour eux.

C’est tellement mauvais que Dieu n’existe pas.

J’ai fait quelque chose de mauvais, peut-être ai-je mangé un papillon.

Cerf

L’abeille ramasse le miel. Est-ce que tout est en proportion par rapport à ce qui m’entoure ?

Lève-toi et marche.

Mon colon est aussi gros qu’un cheval.

Bientôt je dois partir. Il faut que je me montre que je suis quelqu’un, mais moi je n’existe pas. Seuls les autres me voient.

Pour l’instant, j’ai encore mon cou. Le train ne l’a pas encore coupé.

On ne m’a pas coupé non plus la langue.

Mais à qui pourrais-je parler… ?

Ça c’est un point fixe. »

 

Attila József, traduction brute de Josef Nadj, extrait du poème « Les idées libres » (non édité en français)

Penzum vu par Jean-Noël Cuénod - Médiapart

 

« Une performance particulièrement impressionnante, celle du grand chorégraphe Josef Nadj et de sa complice sur scène, la contrebassiste Joëlle Léandre (hier et ce soir à 18 h. au Palace, Périgueux). Elle a pour titre Penzum. Le visage dissimulé par une sorte de masque africain, revêtu d’une robe noire de tulle faisant apparaître son corps blanc et musclé, Nadj prend possession d’un grand écran de papier sur lequel il dessinera au moyen d’un morceau de charbon. A ses côtés, la contrebassiste arbore un masque en aluminium d’aspect féminin. Le reste de sa tenue est neutre. Mais c’est elle, avec son instrument utilisé en mélodie ou en percussion, qui va dicter sa loi au danseur. Présence d’autant plus oppressante qu’elle est discrète.

[...]

Comme dans toutes les oeuvres d’art authentiques, on peut trouver dans Penzum de Josef Nadj bien d’autres significations que celles retenues par l’auteur. Cette performance musicale-chorégraphique-plastique évoque aussi l’origine des humains, la Grande Origine, l’époque mythique d’avant la différenciation des sexes, d’avant la séparation d’avec l’animal, lorsque l’homme-femme ne faisait qu’une âme-chair avec l’univers.

Afin de laisser tous ses effets à la surprise, nous ne dévoilerons pas la fin car ce spectacle tournera encore dans d’autres contrées. Elle est émouvante et sublime, cette fin. Disons que l’humain y apparaît dans toute sa splendeur animale. »

 

Cuenod - MEDIAPART - 26 juillet 2017

Penzum vu par Thomas Hahn - Danser Canal Historique

« Qui saurait dire si, dans un spectacle de Josef Nadj, un personnage appartient pleinement à lui-même ? Qui saurait même définir si la présence de Nadj dans Penzum vise la création d’un personnage ? Et si personnage il y a, c’est sans doute dans un ailleurs mental qu’il faut l’imaginer. Penzum, première création de Nadj depuis son départ du CCN Orléans (aujourd’hui dirigé par Maud Le Pladec), évoque le passage, inlassablement. Qui est ici homme, qui est femme ? Qui voudrait ranger tel geste ou tel mouvement de Penzum dans la case geste chorégraphique, geste musical ou geste pictural ? Ici l’un transcende l’autre, de bout en bout.

[...]

Joëlle Léandre, qui a croisé au cours de sa carrière Cage, Cunningham, Monnier et autres Nadj (ce fut en 2008 pour Sho-bo-gen-zo) créé une musique, et même des instruments, qui jouent des effets de matière et d’arts plastiques, balayant au passage la moindre certitude de l’oeil et de l’ouie. Si le duo porte des masques - où elle se drape d’une seconde peau argentée et lui de sculpture, en dur et d’inspiration africaine - c’est pour mieux partir vers les horizons enfouis d’une conscience chamane.

[...]

Le passage est réussi, sa première oeuvre post-CCN est née, dans un retour aux sources littéraires et linguistiques. Penzum est une petite forme, un nouveau départ. »

 

Thomas Hahn - DANSER CANAL HISTORIQUE - juillet 2017

Penzum vu par Annie Yanbékian - Culturebox

 

D’Jazz Nevers a proposé une soirée en deux parties pleine d’audaces, marquée du sceau de la création contemporaine dans ce qu’elle offre de plus libre, moderne, voire désarçonnant, mardi à la Maison de la Culture de Nevers, à quelques pas des bords de Loire. Commençons par la première partie, "Penzum" : une musicienne et un chorégraphe, Joëlle Léandre et Josef Nadj, inspirés par un poète rebelle.

Pour "Penzum", créé à Saint-Pétersbourg en juillet 2017, le danseur et chorégraphe serbe Josef Nadj et la célèbre contrebassiste de jazz Joëlle Léandre se sont inspirés de textes du poète hongrois Attila József (1905-1937), dont le poème "De l’air !" fut repris en 1956 lors de l’insurrection contre la tutelle soviétique. Le jeune poète mourut tragiquement à 32 ans, écrasé par un train.

 

D’entrée de jeu, on est intrigué. Au centre de la scène, une petite table de percussions et un grand écran blanc. Près de la table, une silhouette vêtue de noir, visage caché par un grand masque en aluminium. On n’en est pas encore tout à fait sûr, mais c’est Joëlle Léandre.

Inversion de genres

À trois mètres, surgissant de derrière l’écran immaculé, un bras nu et au bout, un éventail qui s'agite. C’est Josef Nadj. Bientôt, il se poste devant l’écran et entame une étrange chorégraphie, comme un cérémonial venu d'Asie. Si la musicienne arbore une tenue et un masque masculins, le danseur, lui, s'est habillé d'une longue robe noire au large décolleté. Et il porte un masque africain aux traits féminins. Les genres sont inversés.

 

Alors que Joëlle Léandre, désormais à la contrebasse, extirpe des sons dissonants à l’aide de son archet, Josef Nadj, un temps accroupi, se relève, muni d’une longue lance dont le bout a été enduit de charbon noir. Dos tourné au public, le geste sûr, il trace un premier dessin, abstrait, sur l’écran. Puis, refaisant face à la salle, il enchaîne des gestes saccadés avant de reprendre son ouvrage graphique.

 

Accroupi près de l'écran, il dessine cette fois un tabouret noir. Avec l’ajout de motifs simples, le siège se mue en cerf aux bois ressemblant à des branches. Tournant le dos à l’écran, de ses mains nues enduites de charbon, à l’aide de gestes amples, il enrichit l'ouvrage qui prend de l'ampleur derrière lui. Au bout d’un moment, on croit deviner un arbre…

 

Entre-temps, un chant aigu a surgi, entêtant, sans paroles, prenant l'ascendant sur la contrebasse. Funeste présage ? De sa voix lyrique, Joëlle Léandre accompagne son partenaire qui enchaîne au sol des figures bras et jambes synchronisés. La contrebasse ne joue plus qu’une note. Le danseur entame un monologue rageur qui, à nos oreilles francophones, résonne comme une suite d’onomatopées. En fait, il récite des mots d'Attila József, alors que la musicienne, mailloches aux mains, tape sur la tablette et la contrebasse. Bientôt, l'homme à la robe noire disparaît derrière l’écran. Il semble se réincarner dans le cerf qu’il avait dessiné : des bois imposants, puis une tête d’animal, surgissent au-dessus de l’écran, surplombant la scène. Contemplant l'horizon, l'homme devenu cerf dessine un cercle noir sur l’écran avant de rejoindre sa partenaire...

Un cri mêlant musique, danse et arts graphiques

"Penzum", une œuvre, un cri, englobant musique, arts graphiques et une danse qui rappelle le butô japonais, exige une ouverture d’esprit et un abandon total à l’idée d’être surpris, voire dérouté, si l'on ne possède pas les grilles de lecture et de décryptage des symboles d'une œuvre imprégnée d'abstraction.

 

À la fin, les applaudissements sont d’abord timides, puis ils gagnent en vigueur. Le public a été certainement décontenancé mais il n’en salue pas moins la performance, la volonté de sortir du confort ronronnant. Après le spectacle, les artistes reconnaîtront tout de même que pour ce genre de performance, pour une meilleure interaction avec le public, ils se seraient sentis plus à l’aise dans une salle de dimension plus petite, plus intime.

 

Annie Yanbékian - Culturebox - 15novembre 2017

Disponible en tournée.


 

Date à venir :

 

26 janvier 2018

Désordre Festival

Brest (FR)

 

Dates passées :

 

2 décembre 2017

Desiré Central Station Festival

Subotica (SRB)

 

14 novembre 2017

Festival D’jazz Nevers

Nevers (FR)

 

25-26 juillet 2017

Festival Mimos

Périgueux (FR)

 

9-10 juillet 2017

Festival KoresponDance

Zdar Nad Sazavou (CZE)

 

4-5 juillet 2017

Festival Open Look

Saint Petersbourg (RU)


Josef Nadj - Les jours - exposition

Les jours

Depuis une vingtaine d’années, c’est un rituel auquel Josef Nadj ne déroge jamais. A chacun de ses retours en Pannonie, dans le nord de la Voïvodine, il part arpenter sa région natale au volant d’un 4X4 russe hors d’âge, un Nikon posé sur le siège passager. Là, il photographie « dans un état de présence au monde qui s’accorde à la sensibilité des lieux, la conscience entièrement absorbée dans la contemplation de la nature et de l’instant pur ».

 

Nadj photographie des paysages : des champs, des fleuves, des étendues sauvages ou cultivées, des plateaux désertiques, des herbes hautes. Et il photographie aussi toujours, à coup sûr, des fermes isolées, délabrées, laissées à l’abandon dans les vastes plaines de ce « triangle de la région qu’on appelle le coin  des tempêtes ». Des paysages intérieurs, cette fois.

De ces bâtiments amoindris, pétrifiés, dispersés un peu partout en rase campagne, dans les étendues étales de la Voïvodine, les occupants se sont absentés- ils ont disparu sans laisser d’adresse. Aujourd’hui, ces édifices ouverts à tous les vents sont des reliques démunies, disloquées, silencieuses, des sculptures  primitives  en voie de dissolution, terre battue et paille déjà prises dans la végétation,  bientôt  rendues  à  la  terre,  au  temps  de  la  nature.

 

A l’intérieur, sur les murs épuisés, s’agencent pigments de craie, strates d’argile et de chaux, lézardes obliques, photos de famille fanées, arabesques de couleurs pâlies par les années, pendules au temps suspendu…

 

De ces œuvres collectives où se superposent agents naturels et matériau temporel, Josef Nadj a saisi toute la picturalité.  Ces motifs aux multiples variations suivent les  mouvements  de l’Histoire de l’art contemporain, du dripping de Jackson Pollock aux Delocazione de Claudio Parmiggiani… Nadj dessine au passage une métaphysique des lieux et une dramaturgie de l’absence qui suivent la trace laissée par le passage des hommes dans le labyrinthe de la mémoire et du temps.

 

Jean-François  Ducrocq

Exposition disponible en tournée.

À venir :

 

printemps 2018

CAP Royen

Royen (FR)

Expositions passées :

 

10 novembre – 9 décembre 2017

Festival D’Jazz Nevers, Médiathèque Jean Jaurès

Nevers (FR)

 

 

2 décembre 2016 – 8 janvier 2017

Collégiale Saint-Pierre-le-Puellier

Orléans (FR)


Josef Nadj - Inhancutilitatem - Cynaotypes

Inhancutilitatem

Une série de cyanotypes de Josef Nadj

C’est en s’intéressant aux travaux précurseurs de la photographie de sir John Herschel et de William Henry Fox Talbot que la botaniste anglaise Anna Atkins utilise, pour la première fois, la technique primitive du cyanotype qui lui permet alors de documenter les feuilles et les fleurs des plantes qu’elle étudie. Nous ne sommes pas encore au milieu du XIXe siècle. Ces photogrammes sont obtenus sans système optique, en exposant sans intermédiaire l’objet à la lumière. Il suffit d’apposer simplement les spécimens végétaux entre le papier sensible et la source lumineuse, grâce à un processus d’impression qui a la particularité de donner des tirages monochrome d’un bleu sombre, d’une intense richesse visuelle.

 

L’été dernier, en étudiant « la préhistoire » de la photographie, Josef Nadj découvre ces empreintes végétales aux nuances bleutées et décide de reprendre l’histoire là où elle s’était arrêté. Soit, à quelques exceptions près (Man Ray, Moholy-Nagy…), avec Atkins elle-même. Chaque nuit il se lève, bien avant le lever du jour, et part visiter les jardins publics, arpenter les rives de la Loire, les chemins de halage, pour se mettre en quête des espèces végétales qui l’interpellent sur son passage.

Ce retour aux sources de la photographie s’accompagne d’un fertile retour à la nature, d’une joyeuse célébration panthéiste, d’une expérience cardinale toujours à approfondir. Un jeu avec les états de la matière qui, en combinant les fibres, les lignes et les motifs, figure de nouvelles formes de vie. Dans ce bleu profond, quasi-mystique, qui dessine des ciels nouveaux entre bleu cyan et bleu de Prusse, Giotto et Yves Klein, c’est aussi à un rituel de passage entre deux mondes que l’on assiste, vient s’y éployer un lieu intériorisé, ni vraiment ici, ni tout à fait ailleurs, qui accompagne le mouvement de l’existence et dessine, chemin faisant, pour le chasseur-cueilleur comme pour le spectateur, un entêtant objet de méditation.

 

Jean-François  Ducrocq

Inhancutilitatem vu par Tiphaine Calmettes

Au CCN d’Orléans puis au Collège des Bernardins (Paris), le chorégraphe Josef Nadj expose ses cyanotypes. L’exposition Inhancutilitatem s’offre comme la première pièce d’un grand projet artistique qui se définit comme une quête du paradis perdu, un retour vers les origines du geste créateur. Mais également comme une étape fondamentale dans la carrière de cet artiste prolixe.

Dans la salle d'entrée du CCN d’Orléans, qui sert régulièrement de lieu d'exposition, des cyanotypes floraux bleus sont accrochés. Ils ont été réalisés par Josef Nadj, chorégraphe et directeur du lieu depuis 1995. Avant de choisir la danse, l’artiste a appris le graphisme, la composition plastique, les rythmes formels. Il n'a jamais cessé de dessiner bien au contraire, il s'amuse à changer de medium comme à découvrir de nouvelles techniques. Depuis quelques temps il se laisse aller à des expérimentations de procédés photographiques anciens, comme une quête de l'origine.

Il se fascine alors pour le bleu profond du cyanotype, « couleur de l'infini de l'espace ». Ce procédé consiste à recouvrir un support d'un mélange de produits photosensibles, poser un objet dessus et l'exposer à des rayons ultra-violets comme pour les photogrammes. Le produit n'ayant pas été exposé est éliminé à l'eau courante et révèle, en dégradé de teintes, la trace de l'objet exposé. Josef Nadj nous raconte qu’il a récolté un peu partout, au gré de ses promenades, les plantes ici exposées. Il les a choisies avec attention selon leurs qualités graphiques et les dispose de manière à créer une concentration rythmique : du mouvement. Cela fait un an qu'il dit « être dans cette folie ». « Tout est végétal » poursuit-il. Avec les plantes, Josef Nadj dessine l’image d’un paradis perdu, part à la recherche d’une harmonie à entendre et sur laquelle s’appuyer.

 

Grand œuvre

Mais les cyanotypes ici présentés ne sont qu'une pièce du grand puzzle qui occupe l'esprit de Josef Nadj en ce moment. Ces accumulations, tentatives et expérimentations sont les étapes préliminaires d’un plus grand projet dont il prévoit l'aboutissement d'ici trois ans. Mnémosyne ou Inhancutilitatem – le titre qui lui semblait si évident quelques jours auparavant ne semble plus si pertinent aujourd'hui – se présente comme une performance qui abordera la technicité et la fabrication de l'image. Mnémosyne (ou Inhancutilitatem) c'est un désir de retourner aux origines, faire un point sur sa pratique, sa carrière dans un premier temps, et retourner encore plus loin en arrière, au mythe de la création, à Adam et Eve plus particulièrement. Il imagine donc mettre en place une installation en mouvement dans laquelle sera recréée l'image du couple originel et de leur paradis perdu.

Mnémosyne convoque l’imaginaire du poème de Friedrich Hölderlin mais aussi le travail d'Aby Warburg repris par la suite par George Didi-Huberman. Travaillant sur sa mémoire, Josef Nadj interroge son rapport à la photographie – qu’il pratique depuis une dizaine d’années – comme son parcours d’expériences scéniques, qu’il repense, seul.

Pour réinterpréter certaines problématiques qui l’ont accompagnées et qu’il souhaite développer et enrichir, le performeur se mettra en scène, seul, dans une boîte, sorte de chambre noir grandeur nature. 6h24 de performance, découpée en 64 scènes ou 64 approches du mythe d’Adam et Eve et de la chute : Adam et Ève sous l’arbre, le serpent, Ève, pomme à la main… « Je prends le Paradis comme motif central, noyau autour duquel je compose et décompose » raconte-t-il. Ce chiffre symbolique, il l’emprunte au Yi Jing, « Traité canonique des mutations » une recherche spéculative qui occupe une place fondamentale dans la pensée chinoise.

En direct, Josef Nadj retravaillera les photographies d’Ève, développant ou modifiant les prises de vue. Partant du sténopé, en passant par la camera obscura, le film, jusqu'au numérique, il file des origines jusqu’à aujourd’hui. Strate, collage, reconfiguration de l’image, anachronisme, par la performance, Josef Nadj met en scène la technicité et rend visible la fabrique des images. Chaque nouvel élément sera transformé, re-photographié par le polaroïd, lui même à nouveau photographié par le collodion Humide. Ce dernier élément boucle la boucle, car selon Josef Nadj on ne peut toujours pas dépasser la qualité de cette dernière qui produit des négatifs grandeur nature.

Mais s’il expose, dans la performance Mnémosyne, son atelier de photographe – celui-là même où il travaille quotidiennement – il s’y déplace encore en tant que danseur : « Je chorégraphie tout ce jeu, tout ce travail. »

 

Tiphaine Calmettes, Mouvement, 20 juillet 2016

Exposition disponible en tournée.


Expositions passées :

 

17 mai – 1er juillet 2017

Maison des arts de Grand Quevilly

Grand Quevilly (FR)

 

18 novembre 2016 – 15 janvier 2017

Musée des Beaux-Arts

Orléans (FR)

 

21 juillet – 18 septembre 2016

Collège des Bernardins

Paris (FR)

 

29 avril – 29 juin 2016

Centre chorégraphique national

Orléans (FR)


Josef Nadj - Dolores

Pour Dolores

De et avec

Josef Nadj et Ivan Fatjo

 

Compositions

Josef Nadj et Ivan Fatjo

 

Mise en son

Steven Le Corre

 

Lumières

Christian Scheltens

 

Construction des décors et accessoires

Julien Fleureau, Clément Dirat et Olivier Berthel

 

Durée

environ 50 min

 

Production

Centre chorégraphique national d’Orléans

 

Création
2015

Á l’origine de Pour Dolores, l’apparition d’un visage de femme, d’une présence silencieuse, énigmatique, mais insistante, émanant tout entière d’un masque ancien en carton peint, teint mat, traits à la serpe, cheveux noirs lissés en accroche-cœur sur les tempes, lèvres rouges, regard oblique. Et, à partir de cette rencontre fortuite sur un marché aux puces, comme un appel, une injonction : savoir qui est Dolores, lui donner corps et la découvrir derrière ce masque de femme.

Josef Nadj a choisi de se référer pour cette quête au mouvement Fluxus et de travailler une fois encore par la figure du double. La nouvelle création de Josef Nadj avec Ivan Fatjo se présente ainsi comme un cycle de miniatures gestuelles, visuelles et musicales au nombre de 24, comme les heures du jour.

Pour Dolores par Myriam Bloedé

À l’origine de Pour Dolores, l’apparition d’un visage de femme, d’une présence silencieuse, énigmatique, mais insistante, émanant tout entière d’un masque ancien en carton peint, teint mat, traits à la serpe, cheveux noirs lissés en accroche-cœur sur les tempes, lèvres rouges et regard oblique. Cette rencontre fortuite sur un marché aux puces et la trouvaille elle-même suscitèrent chez Josef Nadj comme un appel, une injonction : savoir qui était “Dolorès”, lui donner corps, la découvrir derrière ce masque de femme.

 

Réalisant ainsi un projet qui le poursuit depuis de nombreuses années, le chorégraphe a choisi de se référer pour cette quête au mouvement Fluxus. Né dans les années 1960, ce collectif d’artistes – musiciens avant tout, mais aussi plasticiens et écrivains – qui fût, avec d’autres, mais plus radicalement peut-être, à l’origine de la performance, prônait la continuité entre l’art et la vie, et envisageait la création comme un vaste champ d’expériences auquel peuvent concourir toutes les disciplines artistiques. Parmi leurs expérimentations, Nadj s’est intéressé tout particulièrement à celles qui valorisaient la brièveté et la simplicité, l’ordinaire, qui reconsidèrent l’environnement et les objets avec toutes leurs propriétés, matière, structure, mais aussi les interactions de l’homme avec ce qui l’entoure – afin de modifier la perception, de mettre en question les idées reçues, de bousculer les usages et de faire surgir du chaos de nouvelles harmonies. En particulier, dans l’esprit Fluxus, chaque action humaine, chaque chose peut générer un son et tout objet, quel qu’il soit, peut être “joué”. Mais aussi chaque son peut être entendu comme une musique.

 

Travaillée une fois encore par la figure du double, la nouvelle création de Josef Nadj, en duo avec Ivan Fatjo, s’inscrit dans le prolongement de ses plus récents spectacles, Ozoon (2013) et Paysage inconnu (2014), en particulier. Car, si la musique a toujours constitué un élément de composition essentiel dans l’oeuvre scénique de Nadj, la recherche d’une convergence, de l’union la plus étroite possible, voire d’une véritable fusion entre musique et danse, fut l’un des enjeux majeurs de ces pièces créées avec la collaboration du saxophoniste Akosh Szelevényi et du batteur Gildas Etevenard.

 

D’une certaine manière, avec Pour Dolores, Josef Nadj et Ivan Fatjo sont passés “de l’autre côté” : les musiciens ont déserté le plateau, tandis que la “musique”, omniprésente dans le spectacle, dépend désormais des actions des danseurs. Et, si l’on note la présence dans la pièce d’un piano à queue, d’un cor de chasse et d’un violoncelle avec deux archets, il y a aussi, pour faire naître cette musique, des instruments chirurgicaux, une plaque de métal, massive, imposante, une tige longue et mince, un ballon de baudruche, des brins de chanvre, un casque en cuivre, un grelot, un buste de Socrate qui se reflète dans un miroir ovale ou les dents d’un loup empaillé… Tout l’espace vibre et résonne, pourtant les touches n’actionnent pas les marteaux qui ne frappent pas les cordes du piano, celles du violoncelle ne sont ni pincées ni frottées et aucun souffle ne traverse le cor. Paradoxalement, dans cette création pour la scène, les dimensions visuelles et sonores ont, pris le pas sur celles qui relèvent du théâtral et du chorégraphique. Placé sous le régime de la patience, de l’attention, de l’obstination dans la recherche, Pour Dolores se présente ainsi comme un récital, avec au programme un cycle de miniatures gestuelles, visuelles et musicales – au nombre de 24, comme les heures du jour. Un récital dédié à une femme anonyme, une certaine Dolores.

 

Myriam Bloedé

« Pour Dolores » : Josef Nadj et Ivan Fatjo

Approchant la fin du processus de création, le nouveau duo de Josef Nadj et Ivan Fatjo s'annonce fascinant.

Ça s'est annoncé lors de leur création précédente, ce Paysage inconnu aux accents de Freejazz. La complicité entre Josef Nadj et Ivan Fatjo se bonifie de création en création, se structure, se dépouille et gagne en intensité. À chaque traversée, les paysages intérieurs se font plus aventuriers, plus complexes et deviennent pourtant plus lisibles. Pour Dolorès est aussi limpide et ludique que complexe et jouissif, fascinant et émouvant.

Après avoir dissimulé leurs visages sous un filet dans Paysage inconnnu, Nadj et Fatjo passent au masque plein. Leurs visages figés, aux yeux exorbitants, sont aussi innocents que malicieux, dans un mélange de douceur et de détermination. Nadj a acheté ce masque aux puces et on comprend aisément sa fascination pour son expressivité mystérieuse et mélancolique, où se dessinent étonnement, douleur, choc, doute, force et sensibilité à la fois, annonçant une blessure universelle mal cicatrisée tel un Weltschmerz, cette blessure d'être au monde.  Ensuite, ils ont créé à ce masque un double "qui regarde dans l'autre sens", comme seule différence.

 

Sculptés dans le bois, ces traits relèvent autant du Guignol que de l'expressionnisme, du Nô que du Manga. Une passion silencieuse s'en dégage qui contraste avec les corps angulaires, vêtus du costume de ville noir que Nadj a imposé comme son emblème et seul habit possible. La mélancolie, déjà sujet dans ATEM (Le Souffle), n'est pas un état d'âme très bruyant. D'où un dosage très économe des gestes musicaux, avec un piano de concert comme tremplin sonore. S'y ajoute ce langage gestuel typique, fait de ruptures et de résistances qui veut qu'on croit apercevoir dans les traits subtilement expressifs du masque une sorte de caricature de Josef, si jamais il lui venait à l'esprit de se grimer en femme.

 

Fatjo s'étant approprié le langage corporel de Nadj, leur complicité produit un effet de miroir. Chacun se reflétant dans son alter ego, un effet de dédoublement s'ajoute au brouillage des identités sexuées. Mais Pour Dolorès joue avant tout sur l'ambiguïté entre innocence et cruauté. Les deux frères jumeaux sont comme des enfants, poussés par une curiosité naturelle pour explorer les corps, objets et sons qui les entourent.

On joue au chirurgien, on enfonce des aiguilles ou des seringues où on peut, on dissèque les cordes du violoncelle, on commet des atrocités métaphoriques sans s'en apercevoir. L'innocence enfantine ne fait que renforcer le mystère. Nadj et Fadjo nous ramènent ici vers l'enfance, autant que dans l'univers de l'expressionnisme et des films d'horreur. Leur gestuelle prolonge à merveille la gravure sur bois du masque. Et nous ne serions pas dans l’univers de Nadj si la construction des personnages ne passait pas par de petits accents d'animalité, qui surgissent chez lui avec le naturel que l'on sait.

 

Pour Dolorès renégocie les identités sur plusieurs carrefours, mais la complexité de la construction se double d'une simplicité absolue dans la lecture, ce qui ne permet qu'une seule conclusion: On touche ici, profondément, à quelques éléments-clés du psychisme humain. Donné en avant-première au CCN d’Orléans et ensuite aux Bouffes du Nord à Paris, en avant-première dans le cadre du festival La voix est libre, ce nouveau duo en est presque à sa forme définitive et semble s’annoncer comme une belle possibilité de proposer des formules à géométrie variable, très adaptable aux espaces et aux circonstances.

 

Ajoutons que Nadj et Fatjo annoncent un masterclass au Festival Mimos (Périgueux), pendant la semaine du festival, à partir du 27 juillet, pour aborder le mouvement Fluxus et son approche qui vise à abolir les frontières entre le quotidien et l’artistique, pour lequel les demandes d’inscription (15 participants seulement) seront reçues jusqu’au 1er juillet.

 

Thomas Hahn – Danser. canal historique

Dates passées :

 

6 février 2016

Teatro Municipal Joaquim Benite

Almada (PT)

 

4 décembre 2015

Théâtre de la tête noire

Saran (FR)


Josef Nadj - les corbeaux

Les corbeaux

En écho au spectacle « Les Corbeaux »,
une série de dessins à la mine de plomb, ombres minérales, végétales, animales.

«  Du blanc du papier semble jaillir un souffle d’air. Animées par le vent des brindilles végétales, des touffes d’herbes, des ombres filandreuses d’ailes d’oiseaux dansent dans l’espace. Paresseux en apparence et obstinés, les traits de mine de plomb s’étirent au-dessus de la feuille en tourbillons et masses plus ou moins denses. Ils s’assemblent en fagots ou en écheveaux balayés par le vent, ou comme aspirés par une force ascensionnelle. Curieusement, les corbeaux ne sont jamais représentés.

Symbole de la sagesse. On imagine la pointe du crayon plus ou moins écrasée sur la feuille. Infinie sensualité de la ligne du geste. Répété inlassablement. Un geste de danseur bien sûr. Un dessin de danseur évidemment. Car avant de devenir le grand chorégraphe que l’on connaît Josef Nadj a étudié dans une école d’art en Hongrie, son pays d’origine. »

 

Jean-Paul Sportiello

Les corbeaux vu par Stefanie Möller

C'est de l'observation des corbeaux que sont nés les dessins de Josef Nadj et plus particulièrement de l'instant

où ils commencent leur descente vers le sol, se posent, puis marchent.

Tôt le matin, dans l'état brumeux qui sépare le sommeil, Josef Nadj observe les corbeaux, suit leurs mouvements et saisit dans son dessin la magie des plus petits instants, ceux que nous connaissons tous, mais que nous laissons passer.

 

Josef Nadj fixe ces moments bougés en lignes concrètes et s'arrête dès qu'il commence à analyser. Il est vrai que l'on ne voit de corbeaux sur aucune feuille de papier. Ce que l'on perçoit très clairement par contre c'est leur plumage brillant et voltigeant, leur arrivée sur la branche qui vibre sous leur poids, leurs cris perçants pendant leur danse dans les airs et l'émotion sombre et jubilatoire qui habite le subconscient de l'observateur.

Des traits épais , plombés se compriment en un fagot noir brillant et filandreux, qui propulse en son milieu une bulle translucide. Des écheveaux volants qui tourbillonnent au gré de la tourmente. Leurs extrémités frangées se touchent tendrement ou bien s'évasent en un flet aux mailles serrées, au travers d'un trou noir. Ici il y a quelques touffes de traits concentrées que le vent balaie sur la feuille de papier, et des tissus qui s'étirent en frisottant légèrement, appâtant le regard pour mieux le laisser se perdre dans le lacis d'un cocon.

 

Ces lignes relais, tourbillons, séparées ou intimement liées, oscillent avec une telle dynamique entre lourdeur et légèreté, que l'on se demande de quels mouvements de danse Josef Nadj a joué de son crayon.

 

D'après le texte de Stefanie Möller, traduit de l'allemand par Gisèle Quémener-Langhabel.

Josef Nadj : « Je suis à la fois l'observateur, le pinceau, la peinture et le danseur »

Le chorégraphe et plasticien présente une exposition de ses dessins, "Les Corbeaux", où les oiseaux surgissent d'un jet abstrait, à la faveur de spirales ou de lignes droites en noir et blanc.

 

Danser et dessiner font cause commune pour le chorégraphe Josef Nadj. A l'affiche du festival Paris quartier d'été, parallèlement à la reprise de son duo Petit Psaume du matin, avec Dominique Mercy, il présente une exposition de quarante dessins à la mine de plomb intitulée Les Corbeaux, après une performance du même nom donnée les 25 et 26 juillet. Cette doublette officialise la relation organique entre le geste du plasticien et celui du danseur. Pendant que, sur le plateau de la Maison des métallos, Nadj, trempé dans un bain de peinture noire, atterrit sur une feuille blanche posée au sol, ses dessins proposent une version graphique plus épurée du vol du corbeau.

Cette alliance n'est pas le fait du hasard. Josef Nadj avait 11 ans quand il présenta ses premières toiles dans sa ville natale de Kanizsa, en Voïvodine (Serbie). Neuf ans plus tard, il entreprend des études d'arts plastiques aux Beaux-Arts de Novi Sad, puis à Budapest. Devenu chorégraphe dans les années 1980, il n'a jamais délaissé son pinceau. En 2001, il présente côte à côte un spectacle, Les Philosophes, et des miniatures à la plume sur le même motif. Du pointillé réaliste, Nadj passe pour Les Corbeaux au jet abstrait. Mais il reste fidèle au noir (du trait) et blanc (du papier).

 

 Quand il dessine ses corbeaux, oiseaux de la sagesse dans son pays d'origine, Nadj se tient debout, au-dessus de sa feuille de papier posée sur une table, autour de laquelle il tourne. "Il s'agit de retraduire à travers le trait et son rythme les attitudes des corbeaux lorsqu'ils s'abattent sur le sol, raconte Josef Nadj. Je les observe depuis des années, en particulier lors de mes séjours dans ma région natale. Lorsque je dessine, je travaille au croisement de différentes choses : ma mémoire, les sensations et les images du vol jusque dans les micro-détails de l'oiseau et du lieu sur lequel il se pose. Cela peut être un caillou ou un morceau de grillage.

Expositions passées :

 

25 novembre-11 décembre 2015

Centre chorégraphique National d’Orléans

Orléans (FR)

 

17-31 mars 2015

Rive Gauche

Saint Étienne du Rouvray (FR)

 

28 juillet-2 août 2014

L’Odyssée

Périgueux (FR)

 

15-18 mai 2014

L’Antre-Loup

Pithiviers-le-Viel (FR)

 

10 octobre-30 novembre 2014

ACB

Bar-le-Duc (FR)

 

14 janvier-15 février 2013

Centre culturel Jean-Gagnant + Théâtre de l’Union

Limoges (FR)

 

5-31 janvier 2012

Consortium Centre d’art contemporain

Dijon (FR)

 

5-12 novembre 2011

Festival D’Jazz Nevers

Nevers (FR)

 

8-27 juillet 2010

Maison des Vins

Festival d’Avignon (FR)


Josef Nadj - Paysage inconnu

Paysage inconnu

Conception

Josef Nadj

 

Interprètes

Josef Nadj, Ivan Fatjo

 

Conception musicale et interprétation

Akosh S., Gildas Etevenard

 

Lumières

Christian Scheltens assisté de Lionel Colet et Matthieu Landré

 

Mise en son

Jean Philippe Dupont

 

Construction des décors et objets scéniques

Julien Fleureau et Clément Dirat

 

Durée

55 minutes

 

Production

Centre chorégraphique national d’Orléans

 

Coproduction

Secretaría de Cultura del Gobierno del Estado de Jalisco dans le cadre du Festival Internacional de Danza Contemporánea Onésimo González, Guadalajara, Mexique – L’Odyssée, festival Mimos, Institut National des arts du mime et du geste de Périgueux.

 

Aides à la création DRAC Centre et Ville d’Orléans

 

Avec le soutien de la Résidence Sainte Cécile (Orléans)

 

Création
2014

Créé loin de toute référence littéraire ou artistique, Paysage inconnu se fonde sur un travail d’improvisation au long cours, poussé jusqu’à l’épuisement. La notion de paysage y est entendue au sens métaphorique, c’est-à-dire en tant que paysage intérieur, un paysage mental, infiniment changeant comme l’est la vie même, et toujours à redécouvrir. Cependant l’exploration de ce territoire est une aventure collective qui vise à rechercher, au-delà de la parole, un “autre langage commun”. Une aventure travaillée par deux motifs essentiels : la figure du double tout d’abord, comprise aussi bien dans la ressemblance que dans la complémentarité, s’impose d’emblée dans la co-présence et la dissémination sur le plateau des deux danseurs et des deux musiciens ; dans la relation entre le geste et le son, la musique et la danse. Mais aussi dans le jeu d’oppositions entre vitesse et lenteur, amplitude et retenue, suspens et activité, rigidité et élan, présence et absence, obscurité et blancheur, tragique et burlesque, joie et mélancolie… Étroitement noué à cette figure du double, le principe de transformation, d’alternance ou encore de passage, de seuil à franchir, constitue le deuxième motif de Paysage inconnu. Présent dans l’incessante métamorphose, aussi subtile soit-elle, d’un paysage inconnaissable pour cette raison même, ce principe est ici mis en regard avec le cycle de la vie, c’est-à-dire du passage ,justement des limbes à la vie, puis de la vie à la mort, au néant, et à nouveau à la vie.

 

Paysage inconnu est donc une sorte de danse macabre, une vanité dont la dimension introspective ou méditative est constamment “menacée” par l’humour, la dérision, le grotesque, l’ironie.

 

Myriam Bloedé

Paysage Inconnu vu par Myriam Bloedé

Comment parler d’une apparition autrement que sous l’angle temporel

de sa fragilité, là où elle replonge dans l’obscur ? Mais comment parler de

cette fragilité même autrement que sous l’angle d’une plus subtile

ténacité, qui est force de hantise, de revenance, de survivance ?

Georges Didi-Huberman

 

S’il fallait, à propos de ce quatuor, évoquer un paysage réel, ce serait sans doute celui de la Pannonie, cette plaine qui se joue des frontières instituées par les hommes et s’étend ininterrompue sur des kilomètres carrés, avec ici et là un oiseau en surplomb, un arbre comme une silhouette esseulée ou l’éclat d’un coquelicot qui ponctuent et renforcent encore, par contrepoint, l’immensité jaune verte des herbes hautes ployées par le vent. Ce pourrait être aussi la représentation de cette plaine sans limite, à laquelle toute sa vie s’est employé le peintre Tihamér Dobó. Lui qui, selon Josef Nadj, voyait là une impossibilité… à moins d’en passer par le simple tracé d’une ligne horizontale avec, ici et là, « quelques accents ».

 

Mais c’est plutôt au point précis où Dobó jugeait ce paysage irreprésentable que s’inscrit cette nouvelle création. Et c’est peut-être précisément l’impossibilité de le peindre, d’en fixer l’image qui en est le sujet : à savoir, l’opposition entre son absence de relief, son immuabilité apparente et son incessante transformation, quand bien même celle-ci échapperait au regard.

 

En effet, au-delà de la région où sont nés Josef Nadj et Akosh Szelevényi – de part et d’autre d’une frontière justement –, au-delà de cette langue maternelle et de cette culture hongroise qu’ils ont en partage et au-delà du « décor » qui constitue l’arrière-plan de leur duo Les Corbeaux (2010), par exemple, ou du trio Paysage après l’orage (2006) avec Gildas Etevenard, la notion de paysage est entendue cette fois au sens métaphorique, c’est-à-dire en tant que paysage intérieur, un paysage mental, infiniment changeant comme l’est la vie même, se modifiant au gré des événements, des rencontres, au fil de l’expérience, et toujours à redécouvrir.

 

Paysage inconnu a été créé loin de toute référence littéraire ou artistique. Cependant – et c’est un autre aspect remarquable dans cette pièce qui se fonde sur un travail d’improvisation au long cours, poussé jusqu’à l’épuisement –, l’exploration de ce territoire est une aventure collective : la recherche, au-delà de la parole, d’un « autre langage commun ». Une aventure travaillée par deux motifs essentiels, déjà présents il est vrai dans d’autres pièces de Josef Nadj.

 

Il y a d’une part la figure du double, comprise aussi bien dans la ressemblance que dans la complémentarité, qui s’impose d’emblée dans la composition du groupe et de la pièce elle-même : dualité et similitude dans la co-présence et la dissémination sur le plateau des deux danseurs Josef Nadj et Ivan Fatjo, et des deux musiciens Gildas Etevenard et Akosh Szelevényi ; dans la relation entre le geste et le son, entre la musique et la danse ; dans l’importance également donnée aux gestes des musiciens et aux sons produits par les danseurs. Mais aussi dans l’évolution constante de ce « paysage » visuel et sonore, dans le travail du rythme et dans le jeu d’oppositions entre vitesse et lenteur, amplitude et retenue, suspens et activité, rigidité et élan, présence et absence, obscurité et blancheur, tragique et burlesque, joie et mélancolie…

 

Étroitement noué à cette figure du double, le principe de transformation, de mutation, d’alternance ou encore de passage, de seuil à franchir, constitue le deuxième motif de Paysage inconnu. Passage du feu aux cendres, de l’énergie à l’inertie, du rougeoiement des braises à la noirceur d’un tronc calciné, de la nuit au jour, de la similitude à la différenciation du double. Et incessante métamorphose, aussi subtile soit-elle, d’un paysage inconnaissable pour cette raison même.

 

Mais de manière plus générale, l’idée de transformation est mise ici en regard avec le cycle de la vie – un cycle qui embrasse aussi bien des états intermédiaires comme la genèse, la gestation, et la mort, et qui serait passage justement des limbes à la vie, puis de la vie à la mort, au néant, et à nouveau à la vie.

 

Ainsi, dans un dispositif frontal, un espace vide avec quelques éléments épars, Paysage inconnu est une sorte de danse macabre, une vanité dont la dimension introspective ou méditative est toutefois constamment « menacée » par l’humour, la dérision, le grotesque, l’ironie.

 

Myriam Bloedé

Chanson de gestes au festival Mimos

Musiciens artificiers, danseurs, acrobates… La rencontre de Périgueux étend l’aire de jeu du mime et offre la dernière création du chorégraphe Josef Nadj.

 

Le festival Mimos, créé en 1983 à Périgueux, géré depuis 2000 par l’Odyssée, scène conventionnée et dirigée par Chantal Achilli, peut se vanter d’avoir un public large, familial et fidélisé. L’an dernier, plus de 60 000 spectateurs ont assisté aux spectacles in et off de 250 artistes. Mieux que le Tour de France, qui ne fit qu’y passer dare-dare, le festival transforme la ville pendant une semaine.

 

(…)

 

Fort heureusement, les gestes ne manquent pas à Mimos, en témoigne la toute récente création de Josef Nadj, Paysage inconnu, quatuor pour deux danseurs (dont lui-même) et deux musiciens.

 

Ce n’est pas la première fois que le danseur, directeur du Centre chorégraphique national d’Orléans, s’en retourne chez lui, le chez-lui hongrois de son enfance, à Kanjiza en Voïvodine (province autonome de Serbie, ex-Yougoslavie). Muni de trois passeports - un français, un serbe, un hongrois -, Nadj ne cultive pas l’attachement patriotique. Après Journal d’un inconnu et Paysage après l’orage,solos autobiographiques, il part une nouvelle fois sur ses propres traces, pour n’y découvrir qu’un effacement gris, un tableau abstrait, contredit par quelques éléments très choisis d’un sobre décor : un arbre tronqué et calciné, une vieille baignoire et des seaux en métal, un tableau, une cage rouillée qui sert d’instrument de musique.

 

De la musique composée par Akosh Szelevényi et Gildas Etevenard à la danse de Josef Nadj et d’Ivan Fatjo, il n’y a aucune délimitation, aucune séparation. De la même façon, le travail plastique - le chorégraphe est aussi dessinateur et plasticien (3) - est sur le même plan que le chorégraphique. La circulation entre musique et danse est ininterrompue, le jeu entre les deux sur un même terrain, où l’effacement permet de tout petits reliefs sonores ou physiques. Le chorégraphe évoque comme terre souterraine au spectacle la Pannonie, «cette plaine qui se joue des frontières instituées par les hommes, et s’étend, ininterrompue, sur des kilomètres carrés, avec ici ou là un oiseau en surplomb, un arbre comme une silhouette esseulée ou l’éclat d’un coquelicot, qui ponctuent et renforcent encore, par contrepoint, l’immensité jaune verte des herbes hautes ployées par le vent».

 

Cette plaine est l’aire de jeu et le son du coquelicot dans la musique. Les interprètes gémellaires ne se différencient guère de deux épouvantails. Ils ont même gommé leur visage, la tête dissimulée dans des bas à la manière des braqueurs. Ils sont potes, ils rient ensemble et papotent comme des hiboux perchés dans un grenier. Ils boivent aussi, généreusement, maculant de traces blanches le tableau noir et sa ligne d’horizon immobile, avant de casser leurs verres. Ils en viennent parfois aux mains, comme de vieux lascars, en hommage discret à Toni Kovacs, ancien lutteur devenu sculpteur.

 

Canard.

Dans ce Paysage inconnu, on se reconnaît pour avoir feuilleté l’album poétique imagé de l’artiste, depuis ses premières pages gastronomiques avec un surprenant canard pékinois en 1987. Finalement, on est chez soi dans son chez-lui, jamais clos ni nostalgique. On aime bien ses bonshommes, mal dégrossis, grotesques, terreux, qui dansent pour conjurer les mauvais sorts, et surprennent par l’élégance insoupçonnée d’une main.

 

Tout autre univers, ce qui confirme l’infinie variété des gestes au répertoire extensible des arts du mime, avec Face Nord, de la compagnie Un loup pour l’homme. Là encore, il s’agit d’un quatuor masculin, plus acrobatique et plus en force. S’escaladant les uns les autres, les quatre de cordée, dont deux fiables porteurs, ont fait de la scène un ring de plein air pour un combat tout doux, où le groupe cherche de nouveaux équilibres, de nouvelles architectures pour tenir bon ensemble, voûtes, éventails. Chaque moment est une aventure sensationnelle, souvent très drôle. Il ne manque plus à ces quatre séduisants jeunes gens qu’à écrire le spectacle, livré pièce par pièce. Mais tout est là pour que cela advienne.

 

(…)

 

Marie-Christine Vernay - Libération 31 juillet 2014

Josef Nadj, chef de parade d'une folle danse macabre

Le chorégraphe présente « Paysage inconnu » au festival Temps d'Images, au Centquatre, à Paris

 

Des ronds pour les yeux, le nez et la bouche. La boule de neige projetée sur l'écran du spectacle Paysage inconnu, chorégraphié par Josef Nadj, a tout d'un masque enfantin dont les traits s'effacent et se recomposent au gré d'un coup de vent. Cette image mouvante, qui effeuille les couches de peau du visage, ouvre une performance féroce sur l'identité et la défiguration.

Vite classée, cette vision faussement douce de l'humain ! Place à des pantins cassés qui poussent leur squelette devant eux. A l'affiche du festival Temps d'Images (http://www.tempsdimages.eu/) , au Centquatre, à Paris, Paysage inconnu est une danse macabre telle que sait les conduire Josef Nadj, chef de parade incontesté en la matière. Depuis près de trente ans, le directeur du Centre chorégraphique d'Orléans démonte la mécanique humaine sans jamais en venir à bout.

 

CRÉATURES SIMIESQUES

Exit donc le visage, cette carte intime de la personne lisible par tout un chacun ! Cagoulés d'un collant, les deux protagonistes du spectacle ont perdu toute humanité pour devenir des grimaces en costards noirs, des rictus sur pattes, corps coupés qui continuent de gesticuler. Cette astuce permet de trancher net les habitudes physiques pour sortir de ses gonds et ouvrir la porte à des créatures simiesques, affolantes de liberté et d'absurdité.

Soumise à des déflagrations qui les ravagent, la drôle de paire (Ivan Fatjo et Nadj lui-même) – le thème des jumeaux et du double est cher à Nadj –, se mord le nez tout en faisant copain-copain comme les meilleurs des frères ennemis.

Pour réussir cette bascule irréductible dans l'inconnu, Josef Nadj a mis au point un piège, une cage de sons qui transpercent les danseurs sans répit. Deux musiciens (Akosh Szelevényi et Gildas Etevenard, coauteurs de la pièce) et une batterie d'instruments, en majorité des percussions, balancent un feu nourri de stridences, frappes, barrissements, cris, pas loin de l'électrochoc permanent. Un conditionnement absolu pour ne plus se reconnaître et affronter ses fantômes, voire ses monstres.

 

SAS ÉLECTRIQUE

Cette charge très free jazz donne parfois la sensation d'être la fibre même des interprètes, leur voix et leur langue. Elle transforme le plateau, peu fourni en accessoires contrairement à la plupart des spectacles de Nadj, en un sas électrique.

Paysage inconnu affirme la spécificité du style de Josef Nadj, né en 1957 en Voïvodine (en ex- Yougoslavie), dont la culture originelle tatoue en profondeur le travail. Son corps passé au crible de la lutte et du football, du service militaire (quinze mois en Bosnie-Herzégovine), puis du théâtre, à Budapest, enfin du mime et de la danse, à Paris, est martelé par ses différentes techniques.

Plus proche d'un théâtre du geste que d'une écriture chorégraphique proprement dite, sa façon de se jeter sur scène tord le corps au bord d'une chute toujours annoncée, toujours momentanément différée. Parallèlement, sa formation aux Beaux-Arts et sa double vie de plasticien trouvent aussi dans la pièce une place fine comme une incise : il suffit de trinquer avec des verres remplis de farine pour peindre à l'arrache une toile d'un soir.

A sa façon furieuse, Paysage inconnu fait écho au seul solo chorégraphié et interprété par Nadj en 2002, intitulé Journal d'un inconnu. Il signe plus de dix ans après un nouvel autoportrait en biais, tout aussi énigmatique. Quête de soi en cours.

 

Rosita Boisseau – Le Monde 24 septembre 2014

Dates passées :

 

4 avril 2016

Théâtre des Autre Saisons

Gradignan (FR)

 

1er avril 2016

Espace Jéliote

Oloron-Sainte-Marie (FR)

 

29 mars 2016

Théâtre les Sept Collines

Tulle (FR)

 

8 décembre 2015

La Halle aux Grains

Blois (FR)

 

8 novembre 2015

Festival Euro Scene

Leipzig (DE)

 

5-6 décembre 2014

Opéra de Dijon

Dijon (FR)

 

1er décembre 2014

Festival Interférences

Cluj (RO)

 

2-4 octobre 2014

Scène nationale d’Orléans

Orléans (FR)

 

17-25 septembre 2014

Festival Temps d’images, Centquatre

Paris (FR)

 

29 juillet 2014

L’Odyssée, scène coventionnée de Périgueux

Périgueux (FR)

 

16-17 juillet 2014

Teatro Municipal Joaquim Benite

Almada (PT)

 

17 mai 2014

Centre chorégraphique national d’Orléans

Orléans (FR)


Josef Nadj - Ozoon

Ozoon

Mise en scène

Josef Nadj

 

Composition musicale

Akosh Szelevényi

 

Interprétation

Josef Nadj, Ivan Fatjo, Eric Fessenmeyer

 

Musiciens

Akosh Szelevényi, Gildas Etevenard

 

Régisseur général

Steven Le Corre

 

Costumes

Aleksandra Pešić

 

Lumières

Christian Scheltens assisté de Matthieu Landré

 

Son

Jean-Philippe Dupont

 

Plateau

Alexandre de Monte

 

Décors

Clément Dirat, Julien Fleureau, Olivier Berthel assistés de Nicolas Sochas

 

Remerciements à Charles Fréger

 

Durée

70 minutes

 

Coproduction

Commande de la Biennale de danse du Val-de-Marne à l’occasion de l’ouverture de la Briqueterie / CD du Val-de-Marne, dans le cadre de la 17ème Biennale de danse, Centre de développement chorégraphique du Val-de-Marne et Ville de Fontenay-sous-Bois, Festival international Tchekhov – Moscou, Théâtre Anne de Bretagne, scène conventionnée de Vannes, Centre chorégraphique national d′Orléans.

Avec le soutien d′Amadeus et de la Résidence Sainte Cécile (Orléans)

 

Création
2013

Ce spectacle a été créé dans le cadre d’une commande de la Biennale de danse du Val-de-Marne à l’occasion de l’ouverture de la Briqueterie/CDC du Val-de-Marne.

OZOON est une pièce inspirée d’une rencontre avec Charles Fréger, auteur du livre Les Wilder Mann ou la Figure du sauvage, ed. Thames&Hudson.

 

« La pensée des hommes, à quelque époque qu’ils appartiennent, à quelque culte qu’ils sacrifient, et quand bien même ils cherchent à s’en défendre, est pleine de bêtes, depuis la nuit des temps nous sommes visités, envahis, traversés par les animaux ou par leurs fantômes. Ce que Deleuze et Guattari ont formalisé sous l’appellation du « devenir-animal », ce n’est pas une cartographie de transferts exceptionnels, ce ne sont pas des « cas », c’est une exposition généralisée de l’humanité à son fonds originaire, c’est un peuplement de l’esprit par ce qui l’entoure et que peut-être il ne voit plus, ne veut plus voir. »

 

Jean-Christophe Bailly , Le versant animal, ed. Bayard

Josef Nadj - Ozoon - Biennale de danse du Val-de-Marne 2013

Josef Nadj est un shaman, un fiancé des animaux, à la ville comme à la scène. C’est pourquoi il aime se ressourcer à la campagne, épousant la nature et ses énigmes. Dans sa nouvelle création, il s’inspire de traditions européennes aussi carnavalesques qu’archaïques et animalières, généralement oubliées et pourtant bien vivantes.

 

Trois hommes en scène, représentant ces communautés peu médiatisées, ces drôles de contemporains qui se glissent, une fois par an, sous des peaux d’ours, de cerf, de sanglier ou autres, s’ils ne se dissimulent pas sous des robes de paille, voire d’ossements. Sans parler des masques. Ces traditions ont la peau plus dure qu’on ne le pense, du carnaval alémanique en Suisse à la Sardaigne, du Portugal à l’Autriche, de la Grèce à la Finlande…

 

Flirter avec les limites de la conscience humaine, chercher le souffle animal, voilà qui ressemble fort à Nadj, dernière énigme de la danse. Ne l’a-t-on pas connu grâce à Sept peaux de rhinocéros, Le Cri du caméléon  et autres Canard Pékinois ? Ici, il choisit le titre le plus énigmatique de sa carrière : Ozoon. Pour évoquer la couche d’ozone, un zoo ou quoi en fait? Comme nul autre, Nadj le silencieux confirme que les eaux calmes sont profondes et insondables.

 

Depuis ses débuts, Nadj crée chaque fois à partir de l’univers d’un auteur, de Kafka à Bruno Schulz, Büchner et tant d’autres. Mais depuis peu, il s’inspire d’images, ce qui est en quelque sorte un retour aux sources puisqu’il a commencé sa carrière dans les arts par des études de graphisme. Après « Atem - Le Souffle », inspiré d’une célèbre gravure de Dürer, le voici qui va à la rencontre de Charles Fréger, photographe de renom qui vient de publier « Wilder Mann ou la figure du sauvage », un recueil de photos présentant justement ces hommes qui s’adonnent, printemps après printemps, à des rituels ancestraux.

 

Pour les sortir de leur anonymat collectif, Nadj leur consacre cette création chorégraphique. Mais il a aussi rencontré le photographe qui présente les plus modernes des hommes des cavernes en pleine nature et de belle allure, comme s’ils étaient des models de Chanel.

 

(…)

 

Thomas Hahn

Entretien avec Josef Nadj - Dire notre animalité

Josef Nadj ouvre la Biennale du Val-de-Marne avec Ozoon, création qui fouille le geste au plus intime pour desceller l’animalité enfouie au cœur de chacun.

 

« Faire jaillir une essence presque archaïque du geste. »

 

Dans Wilder Mann, le photographe Charles Fréger témoigne d’un rituel pratiqué en hiver en Europe. Comment ces images vous ont-elles inspiré pour créer Ozoon ?

 

Josef Nadj : Elles ont ouvert un chemin de recherche sur la figure du sauvage, que nous avons ensuite poursuivi en une exploration de notre physicalité même et de la transformation. Comme toujours chez moi, des lectures, notamment Le Versant animal de Jean-Christophe Bailly ou Le Devenir animal de Deleuze, ont nourri la réflexion. Les traditions que dévoilent Charles Fréger nous sont devenues presque inconnues et renvoient à une condition dont l’urbanité nous a éloignés. Comment retrouver dans notre mémoire enfouie les traces de ces expériences qui nous semblent désormais très lointaines car primitives ? Nous avons cherché en nous, intimement, cette origine, fouillé nos actes et développé une sorte de rituel pour redécouvrir notre rapport à la danse et faire jaillir une essence presque archaïque du geste.

 

L’animalité rôde dans vos dernières créations… Dans Les Corbeaux, votre corps enduit de peinture noire devient pinceau et laisse des traces sur le papier.

 

J. N. : Ozoon prolonge la recherche ouverte avec Les Corbeaux tout en traversant de nouveaux questionnements et partages puisque nous sommes plusieurs sur scène. Nous essayons de cueillir la force collective de cinq hommes dans une petite arène. La performance Les Corbeaux relève d’un geste pictural, tandis qu’Ozoon repose sur une dramaturgie musicale et établit une connivence entre les gestes des danseurs et des musiciens.

 

Ozoon se déroule sur une scène circulaire. Qu’apporte cet espace scénique ?

 

J.N. : Cette proximité me permet de travailler non sur le spectaculaire mais sur le détail, sur la profondeur du geste et de l’image. Un tel espace permet au public de ressentir autrement ce qui se joue.

 

Entretien réalisé par Gwénola David - Journal La Terrasse N° 207 1er mars 2013

Dates passées :

 

26-27 juin 2014

Grande Halle de la Villette

Paris (FR)

 

3-5 juin 2014

Scène nationale d’Orléans

Orléans (FR)

 

9-10 avril 2014

Théâtre Anne de Bretagne

Vannes (FR)

 

13-14 avril 2013

La Briquetterie, 17e Biennale de danse du Val-de-Marne

Vitry-sur-Seine (FR)

 

21-22 mars 2013

Théâtre Jacques Brel, 17e Biennale de danse du Val-de-Marne

Fontenay-sous-Bois (FR)


Josef Nadj - ATEM Le souffle

ATEM - Le souffle

Chorégraphie

Josef Nadj, Anne-Sophie Lancelin

 

Musique originale

Alain Mahé

Assisté de Pascal Seixas

 

Interprétation

Anne-Sophie Lancelin, Josef Nadj

 

Musiciens

Alain Mahé ou Pascal Seixas

 

Costumes

Aleksandra Pešić

 

Accessoires

László Dobó

 

Régie générale

Alexandre de Monte

 

Construction du décor

Clément Dirat, Julien Fleureau

 

Directeur de production

Michel Chialvo

 

Durée

Environ 75 minutes

 

Premières représentations d’ATEM le souffle : du 12 au 27 juillet 2012 – 66e Festival d’Avignon.

 

Production Centre chorégraphique national d’Orléans, Jel – Színház

 

Coproduction Festival d’Avignon, Théâtre de la Ville – Le CENTQUATRE – Paris, Governo do Portugal / secrétariat d’Etat à la culture, Teatro Nacional de São João – Porto

Aides à la création DRAC Centre, la Région Centre, la Ville d’Orléans

Remerciements à Milena STOICEVIC – Quadriennale de Prague  (République  Tchèque) ;  Regional  Creative  Atelier – Kanjiza (Serbie) ; Kiosk – Belgrade (Serbie).

Avec le soutien de la Société Générale

 

Le Centre chorégraphique national d’Orléans est subventionné par le Ministère de la Culture et de la Communication – DGCA – DRAC Centre, la Région Centre, la Ville d’Orléans, le Département du Loiret. Le Centre chorégraphique national d’Orléans – direction Josef Nadj est membre de l’Association des Centres Chorégraphiques Nationaux (ACCN).

Transformer l’exiguïté d’une boîte de quatre mètres sur trois en un espace infini, abolir le temps autour d’un simple bâton, qui contraint autant qu’il rend possible la relation de deux êtres : voilà l’expérience théâtrale et alchimique à laquelle se livrent Josef Nadj et Anne-Sophie Lancelin. Ensemble, ils habitent ce dispositif et dansent pour une soixantaine de spectateurs. La promiscuité se change en intimité, le public est attentif aux innombrables détails d’une scène éclairée par de simples bougies. Le tableau vacille et évolue sous les assauts du souffle de chacun. Souffle, en allemand, se dit Atem. C’est un mot que Josef Nadj a rencontré dans un poème de Paul Celan, dont les écrits gravitent autour de cette nouvelle création. Le tableau vacille et évolue également sous les assauts d’Albrecht Dürer (1471-1528), dont la gravure « Melencolia » subjugue et poursuit Josef Nadj depuis son adolescence. Il y voit une femme et un petit homme, dotés d’ailes, qui semblent attendre devant une maison, entourés de multiples signes et objets qui rendent infinies les interprétations possibles. Le chorégraphe s’empare de cette gravure et de celles qui composent avec elle une trilogie – « Saint-Jérôme dans sa cellule » et « Le Chevalier, le Diable et la Mort » –, comme d’un gisement de rébus, de suggestions. Afin de déplier tous les possibles contenus dans ces œuvres, Anne-Sophie Lancelin et Josef Nadj évoluent dans un espace sonore composé, par Alain Mahé, à partir du son de la nature et des éléments. Pour un petit théâtre d’ombre et de lumière, d’émotions et de sensations.

 

Renan Benyamina pour l’édition 2012 du Festival d’Avignon

ATEM vu par Myriam Blœdé

… la pierre qui allait au vent près de nous

roule sur la mer et dans le sillage qu’elle laisse,

vivant, le rêve fraie

Paul Celan, « Ensemble »

 

Défiguré – un ange renouvelé cesse d’être –

un visage parvient à lui-même

Paul Celan, « Dazibao »

 

Prague, juin 2011 – Boîte no 15

 

À l’origine de ce duo, l’invitation de Josef Nadj à la 12e Quadriennale de Prague (16-26 juin 2011), un festival international consacré à la scénographie comme « discipline artistique à la croisée des arts visuels et des arts    de la scène », alliant expositions et spectacles. Plus précisément, le projet auquel Josef Nadj était appelé à participer dans ce contexte, événement majeur de la manifestation, avait pour titre : « Intersection : intimité et spectacle », et consistait en une architecture modulaire installée dans l’espace public au centre de Prague, un parcours éphémère composé de trente « boîtes noires ou cubes blancs » dont chaque élément, chaque module, était investi par un artiste – scénographe, plasticien, photographe, vidéaste, metteur en scène, chorégraphe ou créateur de mode.

En réponse à cette invitation, Josef Nadj a fait construire une boîte noire, la boîte no 15 dans le parcours, dont  la surface au sol est de 4 x 4 mètres, avec un espace scénique d’une profondeur de 3 mètres et, séparé de cet espace par une vitre, une vitrine devant laquelle passer où s’arrêter, un passage ou une galerie d’un mètre de large dévolu aux visiteurs. Puis, en compagnie d’Anne-Sophie Lancelin, il a élaboré une courte pièce sur le    thème de l’intimité, « intimité entre deux êtres, un homme et une femme », mais aussi « entre un homme et ses racines, sa terre natale avec ses arbres, son fleuve, ses habitants… ». Intimité, enfin, qui s’établit entre un artiste et son public « au travers de la danse, des dessins, des images scéniques », renforcée en l’occurrence par la proximité dans cet espace restreint.

 

Atem, un art du détail

 

Prolongement de l’expérience praguoise, Atem en conserve le dispositif scénique, avec ses contraintes est ses implications : une « boîte noire » de dimensions réduites, surélevée et ouverte frontalement cette fois, avec quelques dégagements, des passages, des ouvertures, des niches, des interstices, double fonds ou chausse- trapes, pour la plupart imperceptibles à l’œil. La partie « salle » quant à elle, ce couloir où le public de Prague se tenait debout, est augmentée d’une série de sept gradins susceptibles d’accueillir une soixantaine de spectateurs assis et de leur garantir une complète visibilité de la scène. L’ensemble forme un petit théâtre, léger, aisément démontable et transportable, qui peut être installé en intérieur comme en extérieur, et tient sur le plateau d’une salle de spectacle de taille moyenne.

À partir de cette structure spectaculaire-intime, la réflexion de Josef Nadj s’est orientée dans deux directions : l’une porte sur les rapports entre les deux danseurs : « Comment occuper, comment habiter à deux un si petit espace ? » L’autre s’articule sur la relation scène / salle induite par ce dispositif particulier, autrement dit sur la proximité comme condition du regard. D’autant que l’éclairage, exclusivement assuré par des bougies, des quinquets, renvoyant ainsi cette scène plongée dans une lumière diffuse à l’histoire du théâtre, force le spectateur à la plus extrême attention. Ces deux axes de réflexion ont amené Josef Nadj à se concentrer sur les « détails, des objets, des indices, de petits signes ».

 

Dürer, Celan, un retour aux fondamentaux

 

Si cette nouvelle pièce, dans laquelle Nadj poursuit son compagnonnage avec la danseuse Anne-Sophie Lancelin et le créateur sonore Alain Mahé, marque la reprise de certaines tonalités et de quelques problématiques récurrentes dans son univers, c’est tout particulièrement par le travail sur les matières et leur transformation, la référence aux éléments et au cosmos, et surtout la constante remise en jeu de la question du temps, cyclique ou linéaire, dont « l’écoulement inéluctable s’oppose à l’éternité » : « Il faudrait, dit-il, pouvoir arrêter le temps pour que nous, mortels, comprenions quelque chose de l’éternité. »

 

Cependant, au-delà de la « revisitation » ou du redéploiement de motifs présents dans ses créations antérieures, Atem semble constituer pour Nadj une sorte de retour aux fondamentaux, c’est-à-dire aux sources de son inspiration artistique. En effet, lorsqu’il déclare : « la peinture m’a attiré avant même  la  littérature  ou  la musique », Dürer est l’un des premiers, sinon le tout premier artiste qu’il mentionne parmi ceux qu’il a connus enfant et qui l’ont durablement influencé. Or, précisément et pour la première fois, c’est vers l’œuvre gravé d’Albrecht Dürer (1471-1528) qu’il a choisi de se tourner pour ce duo. Mais aussi, au cours du processus de création, il a éprouvé le besoin de relire Paul Celan (1920-1970), un poète qui l’accompagne et « l’éclaire »  depuis l’adolescence. Et, dans certains poèmes de celui-ci, il a trouvé de multiples échos et développements aux gravures de Dürer.

 

Un tableau mouvant

 

Exercice de lucidité, de dévoilement, Atem propose une lecture de l’une des œuvres majeures de Dürer, Melencolia I (1514), gravure sur cuivre d’une grande complexité qui a été et demeure, jusqu’à aujourd’hui, le « sujet d’interprétations infinies » (H. Wölfflin). Parmi celles-ci, on retiendra, parce que d’emblée elles font sens pour Nadj, celles qui y voient une représentation de la pensée créatrice. Celles aussi, qui lui associent trois autres gravures auxquelles le chorégraphe s’est également arrêté : Saint-Jérôme dans sa cellule (1513) et Le Chevalier, la mort et le diable (1514) qui datent de la même période, ainsi que Adam et Ève (1504). Celles enfin qui incitent à douter de la surface des choses, c’est- à-dire de l’image telle qu’elle se donne à voir au premier abord.

 

Rien de didactique bien sûr, dans l’approche que propose Josef Nadj de cette œuvre et dans l’éclairage qu’il en donne : il s’agit pour lui d’en « recueillir » les éléments, d’en isoler les détails, de les déplacer, de les combiner autrement, de les faire entrer en résonnance avec des détails, communs ou non, empruntés aux autres gravures de Dürer, mais aussi aux vers de Celan, pour composer une nouvelle image, mouvante, c’est-à-dire un tableau dans lequel le mouvement conteste la vision, en même tant qu’il en devient un révélateur, un guide pour le regard.

 

Myriam Blœdé

Nadj, dans l'antre deux

Avignon . Dans «Atem», deux corps explorent l’infini d’une boîte de 4 mètres sur 4. Sublime.

 

Difficile de faire plus petit que la boîte de 4 mètres sur 4 qui sert de décor et d’espace scénique à la nouvelle pièce de Josef Nadj : Atem («le Souffle»). Cette configuration très spéciale vient d’une commande de la quadriennale de Prague qui avait demandé à des artistes de se produire dans ce type de boîtes derrière une vitre, pour que les spectateurs aient accès à leur travail.

 

Le chorégraphe, qui avait la boîte numéro 15, a conservé le même dispositif, le plaçant ouvert vers le public dans les théâtres. La belle Anne-Sophie Lancelin l’accompagne toujours dans l’aventure, tandis qu’Alain Mahé a créé un univers sonore très riche mais tout en légèreté pour Avignon. Le temps semble suspendu alors que deux personnages tentent d’occuper cette curieuse maison.

 

Ailes. Ce n’est pas une histoire de couple, ni même un duo. Ce sont deux êtres étranges, des anges peut-être, qui explorent chaque recoin de l’habitation. Très lentement, ces êtres doués de pouvoirs magiques (comme celui de disparaître brusquement avec la malice des prestidigitateurs) se déplacent, escaladent des murs lisses, apparaissent aussi par des trappes.

 

On ne peut plus abracadabrant, d’autant que ce sont des bougies qui éclairent le spectacle. Comment partager un espace réduit à deux : c’est tout l’enjeu de cette pièce intimiste où le moindre détail est mis en relief. Un bâton, par exemple, qui peut séparer ou relier, des brindilles qui marquent le temps comme des métronomes. Quant à ce qui se passe entre les deux : rien n’est plus tendre et sensuel. Dans l’entre-deux, il y a une telle attente de l’autre que lorsque les corps s’enlacent, le contact est saisissant, intense. L’homme à la lourde veste noire et la femme à la robe se livrent à un ballet sensible alors que la porte du grenier s’ouvre mystérieusement, alors que le babil d’un enfant absent nous parvient.

 

On reste tout aussi fasciné que Josef Nadj le fut lui-même lorsqu’il découvrit à 14 ans la Melencolia, une gravure sur cuivre de Dürer qui a en partie inspiré son spectacle. On y voit une femme dotée d’ailes, pensive et assise à côté d’un petit homme, les deux posés devant une maison.

 

Chausse-trapes. Grand lecteur également, Josef Nadj a trouvé résonance de son travail dans l’œuvre de Paul Celan, qu’il cite dans le dossier de présentation : «Défiguré - un ange cesse d’être - un visage parvient à lui-même.» Qu’il s’agisse de littérature, de peinture, de danse, Josef Nadj rend hommage à tous ceux qui fécondent l’imaginaire, qui ouvrent les portes sur l’inconnu et s’amusent comme lui (et comme la délicate et silencieuse Anne-Sophie Lancelin) à fabriquer des chausse-trapes pour mieux nous piéger avec soin, nous emporter dans leur monde en forme de rébus. On se laisse volontiers faire.

 

Marie-Christine Vernay - Libération 15 juillet 2012

Dates passées :

 

16-19 avril 2014

Ballet Preljocaj

Aix en Provence (FR)

 

 

20-24 novembre 2013

Biennale de danse en Lorraine, L’Arsenal

Metz (FR)

 

 

15-17 novembre 2013

Théâtre de l’Archipel, Scène Nationale

Perpignan (FR)

 

 

3-28 avril 2013

Le Centquatre

Paris (FR)

 

15-19 janvier 2013

Théâtre de l’Union, CDN

Limoges (FR)

 

 

12-16 décembre 2012

Scène Nationale

Orléans (FR)

 

 

21-25 novembre 2012

TNSJ

Porto (PT)

 

 

2-4 novembre 2012

Associazione Teatrale Emilia Romagna

Reggio Emilia (IT)

 

 

21-27 juillet 2012

Saint Saturnin-lès-Avignon, Festival d’Avignon

Avignon (FR)

 

 

12-18 juillet 2012

Salle polyvalente de Saze, Festival d’Avignon

Avignon (FR)