Projet photographique et performatif

 

 

PERFORMANCE

 

Conception & interprétation

Josef Nadj

 

Lumières

Rémi Nicolas

 

Construction décor et régie générale

Sylvain Blocquaux

 

Musiques

Peter Vogel, Emmanuelle Tat

 

 

 

EXPOSITION

 

Photographie & vidéo

Josef Nadj

 

Collaboration artistique photographies & vidéo

Szabolcs Dudás

 

Lumières & conception des cimaises

Rémi Nicolas

 

Encadrement

Jean-Pierre Haie | Atelier Demi-Teinte

 

Régie générale 

Sylvain Blocquaux

 

 

Coproduction

Biennale de la danse de Lyon 2018, Centre Chorégraphique National – Orléans, La Filature Scène nationale – Mulhouse, Le CENTQUATRE – Paris

 

Soutiens

Ministère de la Culture – Direction générale de la création artistique – Délégation à la danse, Région Île-de-France, La Villette – Paris, Résidence Sainte-Cécile – Orléans
Josef Nadj est artiste en résidence au CENTQUATRE-Paris et lauréat du programme de résidences internationales de la Ville de Paris aux Récollets

 

Création

Biennale de la Danse de Lyon – Musée des Beaux-Arts, 22 septembre 2018

Mnémosyne

Projet photographique et performatif

 

Mnémosyne pour dire la mémoire d’un monde : celui du chorégraphe et plasticien Josef Nadj. Trente ans après la création de sa première pièce, il nous offre une œuvre globale, associant projet photographique et performance scénique. Tout au long de son parcours, l’artiste formé aux Beaux-Arts de Budapest n’a jamais cessé de photographier. En se réappropriant cette pratique menée en parallèle, Josef Nadj puise dans sa propre mémoire pour élargir, une nouvelle fois, son horizon créatif. Virage artistique ou retour aux sources ? Pour Mnémosyne, il a conçu une vaste exposition photographique, un véritable écrin constellé d’images au sein duquel il se met en scène – entre jeu, danse et performance – au plus près de son public.

 

Soit un petit espace clos et sombre, une camera oscura en attente. Le visiteur y devient spectateur voire regardeur. Dans l’intimité de ce cabinet où s’animent quelques curiosités, Josef Nadj livre une brève performance d’une rare densité : chaque mouvement, chaque action, chaque instant résonne avec son parcours, personnel et artistique, transfiguré dans une épure empruntée à Beckett. Et l’on songe alors que, dans le titre « Mnémosyne », on entend le mot « Ménines »… A l’instar du chef-d’œuvre de Vélasquez, Mnémosyne contient une multiplicité de regards qui ne cessent de se nourrir.

 

Autour de ce dispositif activé le temps de la performance, Josef Nadj a conçu une exposition photographique foisonnante. Chacun des clichés accrochés aux abords de la boîte raconte une histoire, à appréhender comme un spectacle suspendu. Chaque image recèle une mémoire en soi, connue de l’artiste seul : s’y côtoient des objets trouvés retenus pour leur puissance suggestive, des références patrimoniales qui ne cessent de l’inspirer et toutes sortes de souvenirs. Ces clichés suggèrent, parallèlement à la brièveté de la performance, un rapport au temps qui s’étire sur plusieurs années, de la recherche des formes à la composition des images, du choix de la technique à la prise de vue effective.

 

Hommage personnel et transversal à l’Atlas demeuré inachevé de l’historien d’art allemand Aby Warburg, Mnémosyne s’apparente à une œuvre d’art totale, à la fois installation, performance et exposition, dont il reste pour chacun une image, ultime, qui interroge à la fois notre regard et notre mémoire : qu’avons-nous vu ?

 

Marylène Malbert, entretien avec Josef Nadj

"Le théâtre des grenouilles de Josef Nadj" par Ottó Tolnai

Josef rentrait à bicyclette du Tisza, le fleuve de sa ville natale, quand tout à coup, il aperçut une grenouille sèche, écrasée, écrasée à plat, une tôle de crapaud comme   on disait. Il freina, s’arrêta près d’elle et la ramassa. Puis encore deux autres. Certaines de ces grenouilles passent des jours durant par le rouleau compresseur   des bicyclettes, des voitures et des camions et quelquefois aussi des tanks, jusqu’à atteindre cet état quasi vibrant et incandescent de la tôle. Enfants, ces sortes de  pengő en tôle de crapaud constituaient une devise valable, un vrai trésor (avant la guerre, on appelait pengő la monnaie hongroise, déjà sans valeur pour les  numismates mais pas parmi les enfants), on pouvait les échanger contre ce qu’on voulait, des cristaux de sulfate de cuivre - qui à nos yeux constituaient de véritables mottes d’azur, qui nous excitaient par son aspect azur, parce que du jour au lendemain, nous nous retrouvions près de l’Adriatique, la mer des mers, à la frontière de la presqu’île des Balkans - , on pouvait aussi les échanger contre des aiguilles à chapeau en rubis, des timbres exotiques ou bien à l’effigie de la reine d’Angleterre... Ces cadavres de crapauds avaient encore une autre vertu considérable, ils étaient de véritables guérisseurs - on frottait et soignait avec, sur nos pieds et nos mains, les tumeurs naissantes en forme de durcissements de la peau qu’on appelle durillons.

 

Josef rentra à la maison en trombe avec ses trois tôles de crapaud comme si c’était quelque chose de nouveau, de précieux vinyles à faire tourner tout de suite... Et en fait, dans une certaine acception, il les a fait tourner; Rilke avait rêvé  d’un  gramophone qui pourrait aussi jouer la suture du crâne... Et Josef a trouvé le moyen de faire entendre et de montrer la peau morbide, aplatie jusqu’à devenir pareille à de la tôle, et dont la texture, complètement irrégulière est l’une des plus épaisses au monde, des plus excitantes, concurrençant celle des serpents et des crocodiles pour ses motifs... Rapidement, il installa parmi les crapauds une créature particulière, née du hasard : vieux marteau à la tête brisée, os fossilisé, éperon, œuf de caille, rose de Jericho, chauve-souris séchée, bibelot, fragments de bibelots qui ont tous l’air d’attendre là depuis des siècles leur arrivée, et déjà ils offrent une lueur inattendue à tout ce monde de crapauds, mécanisme de montre, cristaux de sel, une maman chat momifiée dans une sorte de jaspe, avec son petit et, l’hommage de Malevics, Wols et Beuys, une boîte de premiers secours avec sa croix.

 

Alors, ils ont commencé à parler. Ils se sont mis à parler et à chanter. Qui aurait cru que les crapauds étaient des chanteurs d’opéra...que les grenouilles vertes le soient, ça par contre on le savait déjà.

Avant l’arrivée à Sarajevo d’une princesse anglaise (ou d’une reine, je ne m’en souviens plus) de zélés intendants ont fait ramasser toutes les grenouilles à l’entour  du lac de la résidence mais au matin, la princesse (ou la reine) annonça toute heureuse que jamais depuis son enfance elle n’avait si bien dormi, que jamais depuis son enfance elle n’avait entendu musique aussi belle que celle qui avait résonné sous sa fenêtre cette nuit-là, pourtant Hayden et Hendel avaient joué chez elle... Il semble que le pauvre personnel n’était pas arrivé à ramasser toutes les grenouilles vertes…

 

Oui, les crapauds écrasés ont parlé, chanté et se sont donnés à voir à Josef. En  même temps, ils grandissaient à merveille, effroyablement. Josef en conçut presque de la peur, il reculait devant elles. Il n’avait pas compté avoir à faire à des ténors héroïques, à des rôles tragiques de personnages pathétiques du théâtre de Shakespeare, d’Orson Welles ou de l’opéra de Pékin. C’est à peine s’ils n’ont pas exigé derrière eux, la boîte de la scène. Rapidement, Josef a préparé une petite    boîte de ce style, il a enrobé de pâte à modeler les côtés et y a imprimé des motifs à l’aide d’une grosse dent d’agneau et encore et encore a installé des scènes autour  des tôles de crapauds, des  crapauds héroïques, cependant que  ceux-ci commencèrent, joliment et pathétiquement à gesticuler avec leurs doigts et  leurs mains merveilleusement énormes. Il ne comprenait pas d’où venait cette grande diction théâtrale à la Falstaff, à la Faust ou à la Boris Goudonov, cette vision tragique du monde. Alors cette déclamation l’effraya parce qu’il était devenu évident que personne n’avait signalé la disparition de notre monde, emporté par la fièvre de l’or    et la soif du pétrole, personne ne l’avait raconté de la sorte, personne ne l’avait expliqué de la sorte, parce que nous écrivains-philosophes avions trop parlé du monde, nous scientifiques nous avions fui devant notre propre ordure de plastique (d’injection plastique), d’atome, de digital et d’espace. Et soudain, c’est l’évidence devant ces êtres de cuir tanné, il n’y a pas de plus pitoyable créature que l’homme- et à présent l’un des outils posé sur une des scènes prend son sens, le hasard n’existe pas (cela me rappelle la peau écorchée de Michel-Ange, la façon dont il nous offre sa peau écorchée sur le plafond de La Chapelle Sixtine), cela croît comme le pensait Nietzsche, se dépasse et se déborde... Son néant reçoit une acoustique d’opéra lumineuse.

 

Je me doutais depuis longtemps qu’on ne connaissait rien de la nature de ces créatures de néant qui nous entourent, mouches et crapauds. Il nous suffit de  regarder les tôles de crapaud, les images vives offertes par Josef pour comprendre que nous ne savons rien à cette dimension...(Il est vrai qu’au lieu des mouches et des crapauds, je pourrais parler des souris et des rats, n’oublions pas qu’Einstein disait que si les rats étaient un peu plus grands, ils domineraient le monde).

 

Attendons cependant de voir ce que dit la totalité de la Gesamtkunstwerk de Josef. Parfois, il me semble que le monde n’existe même plus, exception faite de cette    petite boîte de théâtre de Josef, et dedans son plus petit théâtre de marionnettes,      où des créatures croissent à l’infini et nous enseignent quelque chose - attendons   d’en voir la fin, même s’il n’y aura peut-être pas de fin, cet accroissement étant infini, pouvant dire ce qui jusqu’à présent était imprononçable... Et assurément,  si  l’on passe plus de temps parmi ces créatures, il est fatal que nous voyions-remarquions, en dehors de ces postures de prophètes, ces mouvements de pieds et de mains qui dessinent une chorégraphie joyeuse et ironique, exactement la même que celle, géniale, de Josef. On ne peut rêver plus grand geste théâtral que celui-là : Josef a installé la totalité d’une nation écrasée par le rouleau compresseur, la suit joyeusement, la prend en photo, filme des airs, des danses…

 

Traduction du hongrois : Ingrid Keresztes et Bea Gerzsenyi

Disponible en tournée.

 

22-27 septembre 2018 (création)

Biennale de la danse de Lyon

Lyon (FR)

 

5-25 janvier 2019

Teatro Nacional São João

Porto (PT)

 

30 janvier – 9 février 2019

Le Trident / Le Point du Jour

Cherbourg-en-Cotentin (FR)

 

25 février – 16 mars 2019

LE QUARTZ – SCENE NATIONALE DE BREST / FESTIVAL DANSFABRIK

Brest (FR)

 

27 mars – 6 avril 2019

Charleroi Danse / La Raffinerie

Bruxelles (BE)

 

16-21 avril 2019

Le CENTQUATRE

Paris (FR)

 

26 avril – 10 mai 2019

La Filature / Galerie d’Exposition

Mulhouse (FR)