Chorégraphie

Josef Nadj

 

Musique originale

Alain Mahé

 

Enregistrement des pianos et toy piano

Emmanuelle Tat

 

Conception des lumières

Rémi Nicolas

assisté de Lionel Colet

 

Décors, accessoires et objets scéniques

Clément Dirat et Julien Fleureau

 

Conception des masques et accessoires    

Jacqueline Bosson

 

Costumes

Françoise Yapo

 

Interprètes

Johan Bichot, Ivan Fatjo, Eric Fessenmeyer, Grégory Feurté, Peter Gemza, Anastasia Hvan, Panagiota Kallimani, Anne-Sophie Lancelin, Lazare, Cécile Loyer, Josef Nadj, Emanuela Nelli, Marlène Rostaing

 

Durée

88 minutes

 

Matériaux et pièces musicales issus des œuvres de :

Franz Schubert, John Cage, György Kurtág, Mussorgski, Bellini Janáček,David Tudor, Merzbow, Giacinto Scelci,György Ligeti, Lol Coxhill et Steve Beresford, Longberg

 

Coproduction

Centre Chorégraphique National d’Orléans – Festival International de Théâtre Tchekhov à Moscou (Russie) – Théâtre de la Ville – Paris (France).

 

Cette création reçoit  l’aide à la création de la Région Centre.

 

Avec le soutien du Centre Culturel Français de Moscou, de la Mairie de Moscou, du Ministère de la Culture russe et de l’Institut français (opérateur du Ministère des Affaires étrangères et Européennes), de la Scène Nationale d’Orléans.

 

Création

Juillet 2010 –  Festival International de Théâtre Anton Tchekhov, Moscou (Russie)

Manifestation organisée dans le cadre de l’Année France-Russie 2010.

À l’origine, un vieil acteur évoque son passé. Ici, Josef Nadj s’en va à la recherche du fil rouge qui tresse les souvenirs.

 

Cherry-Brandy… les mots tintent l’un contre l’autre, presque titubent. Comme les fantômes d’une danse bercée dans les vapeurs d’ivresse, à l’heure où le jour de la conscience commence à poindre. C’est par l’entrebâillement obscur de la mémoire, aux lisières indécises de l’illusion et de la réalité, que Josef Nadj se glisse pour explorer les liens qui, au fil du temps, nouent l’être au passé. Pour cette pièce inscrite dans l’année France-Russie 2010, le chorégraphe et fin lecteur a puisé dans Le Chant du cygne (Calchas). La nouvelle de Tchekhov met en scène un vieil acteur abandonné à son ébriété dans la solitude miteuse d’un théâtre déserté, et qui, assailli par le raffut des souvenirs, défeuille son parcours personnel et artistique. Fouillant, avec douze complices, au revers de ce «petit drame», Josef Nadj se confronte au plateau nu, espace vide, primitif, où brillent les ombres tenaces et secrètes chimères amassées sur son chemin de vie, jusqu’à retrouver les origines de son art.

 

 

Gwénola David

Cherry-Brandy vu pas Myriam Blœdé

« Le poète se mourait […]. Le poète se mourait depuis si longtemps qu’il avait cessé de comprendre que c’était la mort. […] »

Varlam Chalamov, « Cherry-Brandy », Récits de la Kolyma

 

 

Pour la première fois depuis Asobu en 2006, Josef Nadj signe à nouveau une pièce de groupe, dont l’arrière-plan est expressément littéraire. À l’origine de cette création, une « étude dramatique en un acte » d’Anton Tchekhov, Le Chant du cygne (Calchas, 1886-97), qui met en scène un vieil acteur dans un théâtre déserté, tard le soir, après la représentation. Un acteur sur le déclin, habité par des lambeaux des rôles qu’il a interprétés, seul sur une scène plongée dans la pénombre… « Le noir sur le plateau, surtout dans ce moment inaugural, juste avant que ne débute le spectacle, m’a toujours semblé fondamental », explique Josef Nadj. Car, plus encore que le contexte ou l’argument de la pièce, c’est le nom du personnage de Tchekhov qui a retenu son attention : Svetlovidov, c’est-à-dire « celui qui voit clair », celui qui, dans les ténèbres, sait à la fois discerner et révéler le moindre éclat de lumière, lui est apparu en effet comme une possible métaphore de la posture de l’artiste ou du poète, tout entier tourné vers son art, assigné à son art, « bon qu’à ça », toujours et partout – jusque dans les situations les plus extrêmes.

 

 

« La vie entrait toute seule en lui […] : il ne l’appelait pas, mais elle n’en pénétrait pas moins son corps, son cerveau, elle entrait comme la poésie, comme l’inspiration. Et pour la première fois, la signification de ce mot lui fut révélée dans toute sa plénitude. La poésie était la force créatrice dont il vivait. […] Il ne vivait pas pour la poésie, il vivait par elle. »

Varlam Chalamov, « Cherry-Brandy », Récits de la Kolyma

 

 

De telles situations, Tchekhov en a fait l’expérience volontaire lorsqu’en 1890, il a séjourné plusieurs mois dans « ce véritable enfer » qu’était le bagne de l’île de Sakhaline, afin de témoigner des conditions de vie des déportés. Et, quelques décennies plus tard, Varlam Chalamov, un autre écrivain dont l’œuvre a également nourri Cherry-Brandy, a décrit un autre enfer sibérien, la Kolyma où lui-même fut détenu entre 1937 et 1953. Cependant, la figure centrale de la nouvelle création de Josef Nadj est un autre poète encore, également de langue russe : il s’agit d’Ossip Mandelstam (1891-1938), l’auteur de Tristia, Le Bruit du temps, d’un merveilleux Entretien sur Dante ou des Cahiers de Voronèje qu’il composa en exil, entre 1935 et 1937…

 

 

« Siècle mien, brute mienne, qui saura Plonger les yeux dans tes prunelles Et ressouder avec son sang Les vertèbres des deux siècles ? » Ossip Mandelstam, « Le siècle » (1923)

 

 

Reconnu dès la publication de ses premiers recueils, Ossip Mandelstam considérait le mot comme inséparable du corps, de la voix et du geste ; il lui prêtait une puissance concrète, agissante. Il était aussi, il était ainsi un homme engagé dans son temps. Quoique non publiés, et n’ayant circulé oralement que dans le cercle très restreint de ses proches, ses distiques sur Staline, véritable charge contre « le montagnard du Kremlin », lui vaudront sa première arrestation en 1934. Assigné à résidence dans l’Oural, puis condamné aux travaux forcés, Mandelstam mourut d’épuisement pendant son transfert au goulag. Chalamov, qui l’admirait, lui a consacré « Cherry-Brandy », l’un de ses Récits de la Kolyma. Et Josef Nadj, voyant en lui l’exemple même du poète absolu, l’évoque a son tour dans son Cherry-Brandy. Une pièce austère et grave, sombre et fiévreuse, où la réflexion sur l’art, sur le rôle et la responsabilité de l’artiste dans son temps, devient la source d’une méditation sur le siècle.

 

Myriam Blœdé

 

 

Varlam Chalamov, « Cherry-Brandy », in Récits de la Kolyma, Verdier, 2003, p. 101-108. Anton Tchekhov, L’Île de Sakhaline (1895), Gallimard, « folio classique », 2001. Ossip Mandelstam, « Le siècle », in Tristia et autres poèmes, Gallimard, 2005, p. 111.

 

Genèse du projet

C’est à la demande de Valéri Chadrine, directeur du Festival de Théâtre Tchekhov et directeur artistique pour la Russie des « Années croisées France-Russie », que ce projet est né. 2010 marque, en effet, le 150e anniversaire de la naissance d’Anton Tchekhov et, dans ce contexte, Josef Nadj s'est vu commander une création qui lui soit dédiée.

 

Après deux sessions de « laboratoire de recherche », en juin et novembre 2009, cette pièce a nécessité trois mois de répétitions qui ont eu lieu du 22 mars à fin mai 2010 au C.C.N. d'Orléans, puis, les deux premières semaines de juin, à la salle Jean-Louis Barrault de la Scène Nationale d'Orléans.

Les premières représentations ont eu lieu les 5, 6 et 7 juillet 2010 à Moscou, puis les 11, 12 et 13 juillet 2010 à Saint-Pétersbourg, dans le cadre de l'« Année France-Russie 2010 ».

 

Pourquoi la Russie?

 

Josef Nadj entretient avec la Russie des rapports privilégiés depuis de nombreuses années. Plusieurs de ses pièces y ont été présentées (Les Veilleurs, Woyzeck, Le Temps du repli, Journal d’un inconnu, Entracte) dans diverses villes (Moscou, Saint-Pétersbourg, Volgograd, Saratov).

Les Veilleurs a reçu le Masque d’Or du meilleur spectacle étranger présenté en Russie en 2000, et Woyzeck a obtenu le même prix pour l’année 2002.

En 2003, Josef Nadj a participé à la création de Penthésilée, mise en scène par Alain Milianti. Il est resté plusieurs semaines à Saratov pour travailler avec les étudiants du conservatoire de théâtre, dirigé à l’époque par Anton Kouznetsov. Á cette occasion, il a réalisé une série de photographies, intitulée L’Opus de Saratov, qui a été exposée à plusieurs reprises, notamment en 2006, au Festival d’Avignon dont Josef Nadj était l’artiste associé.

Dates passées :

 

9 octobre 2011

Festival de Budapest

Budapest (HUN)

 

 

4 octobre 2011

Le Grand T

Nantes (FR)

 

 

6-9 janvier 2011

Onassis Cultural Centre

Athènes (GR)

 

 

10 décembre 2010

Stadsschouwburg

Bruges (BE)

 

 

26-31 octobre 2012

Théâtre de la Ville

Paris (FR)

 

 

13-15 octobre 2012

Scène Nationale d’Orléans

Orléans (FR)

 

 

11-13 juillet 2010

Festival international de Théâtre A. Tchekhov, Music Hall

St Petersbourg (RU)

 

 

5-7 juillet 2010

Festival international de Théâtre A. Tchekhov, Atelier Fomenko

Moscou (RU)