Spectacle de fin d’études de la 7e promotion du Centre National des Arts du Cirque (CNAC)

 

Chorégraphie et mise en scène

Josef Nadj

 

Assistant à la mise en scène

Franck Micheletti

 

Avec les élèves du CNAC

Etienne Arlettaz, Arnaud Clavet, Vincent Gomez, Laurent Letourneur, Michael Mercadié, Bruno Michel,  Jambenoix Mollet, Laurent Pareti, Thomas Van Uden, Martin Zimmermann

 

Musique

Stevan Kovac Tickmayer

 

Lumières

Laurent Fachard

 

Scénographie

Goury

 

Costumes

Sandrine Pelletier

 

Production

Centre National des Arts du Cirque

 

Création

Centre National des Arts du Cirque – Châlons-en-Champagne, décembre 1995

 

Prix

Meilleur spectacle au Festival Mercad del Flores de Barcelone

Spectacle de fin d’études de la 7e promotion du CNAC de Châlons-en-Champagne

 

“ Quelles idées poussent l’homme à explorer des choses qui ne sont pas naturelles pour lui ? \ » A la quête du mythe des surhommes – Icare, Hercule, … l’homme rejoue devant nous cette aventure singulière où il tente de surpasser un univers de rêves, d’hallucinations, de souvenirs… Le Cirque. ”

 

Josef Nadj, attiré par l’univers fantastique et absurde d’Alfred Jarry, intrigue une poésie de correspondances où se dévoile la circulation des techniques du cirque, de la danse, de la musique, lieu des exploits physiques où se révèle l’inattendu.

Le Cri du Caméléon évoque l’idée de la métamorphose et le désir de s’adapter à des espaces différent.Un univers où se déploient toutes les ruses du fantastique et tous les stratagèmes du surnaturel. Aucune espèce d’identité arrêtée… qui autorise Josef Nadj et son équipe, à toutes les libertés.

Le cri du caméléon vu par Marc Laumonier

Nadj, nouvelle piste pour la danse. Le chorégraphe signe le spectacle annuel de l'école du cirque de Châlons.

Laurent voulait être danseur. Recalé à l'entrée du Centre national de danse contemporaine d'Angers, il se tourne vers le cirque et passe avec succès le concours du Centre national des arts du cirque de Châlons-sur-Marne (CNAC). Il ne pouvait alors prévoir qu'après deux années d'études il décrocherait son diplôme, comme ses neuf camarades de la 7e promotion, à l'issue d'un spectacle signé par une des figures de proue de la chorégraphie contemporaine, Josef Nadj. Il sera donc danseur, voltigeur, clown et musicien à la fois. Cette polyvalence est à l'image de l'évolution et du décloisonnement du monde des circassiens: le Cnac, école nationale supérieure qui vient de fêter ses dix ans, a réussi le pari cher à son directeur, Bernard Turin, de faire émerger une nouvelle génération d'artistes, aujourd'hui très sollicités sur les scènes nationales comme internationales. Citons le Cirque O, Que-Cir-Que, les Nouveaux-Nez, Johann le Guillerm (Cirque Ici), Nikolaus et d'autres artistes que l'on croise dans différentes compagnies: Plume, Baroque, Archaos, Cirque du Soleil, Zingaro, Knie, Gosh...

 

A peine sortis de l'école, les étudiants de la 7e promo ont monté leur compagnie et démarrent une tournée avec leur spectacle au titre emblématique: le Cri du caméléon. Ils partagent en effet avec le petit reptile l'étrange faculté de se fondre dans l'environnement, en l'occurrence celui que leur a spécialement concocté le chorégraphe. Un univers moribond et inquiétant comme les affectionne Josef Nadj, qui s'est inspiré du roman d'Alfred Jarry, les Surmâles. Au centre de la scène, frontale, prend place une sorte de boîte de Pandore, au décor nuageux évoquant l'univers surréaliste de Magritte, d'où s'échappent en ordre dispersé et de tous côtés de drôles de bonhommes: difformes, grands, petits, l'air hagard avec la boule rasée, en costume noir, le chapeau vissé sur la tête jusqu'au cou, désarticulés, empêtrés dans des souliers trop larges ou coincés dans une caisse à roulettes... Chacun déploie force et ingéniosité afin de se mouvoir et préserver un équilibre sans cesse fragilisé. Pour illustrer l'argument, Nadj cultive l'absurde, et de fait surprend souvent là où on ne l'attend pas. Le judicieux parti-pris mêle imperceptiblement chorégraphie et numéros de jonglage, jeux de mains à mains ou d'équilibres. Le dispositif scénique règle avec légèreté et fluidité les transitions. Josef Nadj s'est visiblement délecté à briser et à corrompre le corps des athlètes, penchant avec allégresse pour le versant freaks du cirque. Corps rigides, élastiques, amorphes, mutilés ou corps marionnettes, le chorégraphe décline, dans une frénésie de mouvements, de lentes métamorphoses et avec une touche d'humour, toute une gamme de postures poussant à son terme les potentialités de chaque interprète. Le spectacle est l'aboutissement de près d'un an de travail. Dès le mois de janvier dernier, le chorégraphe a observé les étudiants, jaugé leur savoir-faire, apprécié leurs envies. Josef Nadj aurait bien substitué aux quilles des jongleurs de nouveaux accessoires afin de faire disparaître toute évocation trop voyante du cirque. Mais un tel changement exige des artistes des mois d'entraînement. Ce mariage hors norme du cirque avec la danse contemporaine ne devrait pas manquer de faire des émules. C'est la première fois que Bernard Turin fait appel à un chorégraphe pour le spectacle de sortie des étudiants. L'absence de texte, loin de constituer un obstacle, comme pour les metteurs en scène de théâtre qui l'ont précédé, a permis à Nadj et aux interprètes de donner toute la mesure de leur virtuosité. Après les cirques traditionnels, puis les nouveaux cirques, il faut désormais compter avec le cirque contemporain.

 

Marc Laumonier - Libération - 15 janvier 1996

Le cri du caméléon vu par Martine Maleval

Eclairage

Initialement, le pôle de formation du Centre National des Arts du Cirque, l'Ecole Supérieure des Arts du Cirque (ESAC), ouvert en 1985, dispense une formation en quatre ans. Depuis 1991, elle s'articule en deux cursus. Le premier, dispensé à l'Ecole Nationale des Arts du Cirque de Rosny-sous-Bois (ENACR), dirigée par Anny Goyer depuis 1994, conduit au Brevet Artistique des Techniques du Cirque ; le second à l'Ecole Supérieure des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne prépare au Diplôme des Métiers des Arts du Cirque (DMAC).

 

Les seize étudiants par promotion accueillis à l'ESAC reçoivent un enseignement théorique et pratique pluridisciplinaire réparti sur deux ans. A l'équipe d'enseignants titulaires sont associés des intervenants extérieurs et des artistes invités.

 

Engagés dans un processus de création individuel, puisque les élèves travaillent autour de leur spécialité des numéros autonomes, ils le sont également collectivement dans le cadre du spectacle de fin d'études, instauré dès 1989, année de sortie de la première promotion. Si la prise de fonction de Bernard Turin a été déterminante pour le développement de l'école, elle l'est aussi pour son rayonnement en relation avec cette initiative. En effet, il confie sa réalisation à des artistes metteurs en scène ou chorégraphes reconnus professionnellement, afin que les étudiants porteurs de leur propre projet soient investis dans une entité cohérente. Ces réalisations acquièrent une notoriété certaine depuis que Josef Nadj, en 1995, conçoit celui de la 7ème promotion, Le Cri du caméléon, qui de par la force de proposition du chorégraphe et l'efficacité de la rencontre avec le groupe [1] confèrent un statut d'œuvre à un spectacle d'école de cirque. Josef Nadj, après une période de formation et d'échange avec les élèves, estime devoir avancer sur deux fronts : « Je connaissais dès le départ le compromis que j'allais devoir gérer : il fallait utiliser tous leurs numéros – car c'est un spectacle de diplôme de fin d'études, c'était la figure imposée – et en même temps, il fallait que j'essaie de les ouvrir, de leur injecter de nouvelles matières » [2]. Ce spectacle s'inspire de l'univers fantastique et absurde d'Alfred Jarry, tout particulièrement de son roman Le Surmâle. Comme dans nombre des chorégraphies de Josef Nadj l'espace scénique, frontal, est chargé d'objets. Si le corps des danseurs explore l'intervalle, en se glissant dans les interstices, celui des artistes de cirque se confrontent à l'objet, y prennent leurs appuis pour un nouvel élan. Ainsi, immergées dans un nouvel environnement, les techniques de cirque sont chahutées, détournées, et affirment leur droit à la parole. Le cirque fait une nouvelle fois la preuve qu'il peut sortir de l'univers du divertissement et accéder au statut d'œuvre. Cette réalité présente dans les spectacles des compagnies fondatrices du genre Archaos, Plume ou Baroque prend une dimension toute particulière lorsqu'elle est réalisée par les élèves de l'école nationale dont s'est dotée l'Etat qui prouve ainsi la pertinence de son engagement. De plus, programmé à la Grande Halle de la Villette, Le Cri du caméléon reçoit l'ovation de la presse.

 

Les spectacles du CNAC conservent ce rendez-vous annuel, pour lequel ils sont attendus comme un des événements majeurs qui rythme la vie du cirque en France. Le Cri du caméléon appartient dorénavant au patrimoine culturel du nouveau cirque ; il est devenu emblématique.

 

[1] Les élèves de cette promotion (rejoints par le fascinant trampolineur Mathurin Bolze, de la promotion suivante) se constituent d'emblée en une compagnie qui prend pour nom Anomalie. Celle-ci crée, collectivement, en 1998, 33 tours de piste, un «concert lyrique», sorte de cabaret dans lequel alternent des exhibitions de danse et de cirque.

 

[2] Josef Nadj, « Josef Nadj », propos recueillis par Marc Moreigne, dans Le Cirque contemporain, la piste et la scène, Op. cit.  p. 129.

 

Martine Maleval

Dates passées :

 

12-20 janvier 1996

Grande Halle de la Villette

Paris (FR)

 

7-17 décembre 1995

Centre National des Arts du Cirque

Châlons-en-Champagne (FR)